16
Nov
05

90 Minutes sur les banlieues : un regard bienveillant sur une réalité trouble





90 minutes

J’ai regardé hier soir l’émission d’investigation « 90 minutes » sur Canal +. Le thème était les banlieues. Plusieurs reportages avaient été filmés à cette occasion au cours des dernières semaines au coeur de l’action. Je dois dire que j’étais plutôt étonné par la qualité des images. En effet, il était plutôt rare de voir une telle quantité d’images au coeur de l’action sans aucun filtre à priori. De ce point de vue, c’est donc du bon travail. En revanche, je suis beaucoup plus partagé sur l’impartialité des reportages.

Une fois de plus, Nicolas Sarkozy a été vivement critiqué à travers ces reportages, sa manière de communiquer et de se mettre en scène étant détournée, amplifiée et décryptée avec un décodeur Canal + assez régulièrement utilisé à son égard. Je me souviens d’un reportage sur sa stratégie de communication il y a quelques mois où ils passaient à la loupe quelques points troubles en occultant complètement le reste. On est donc là dans une stratégie anti-Sarkozy assez classique de la part de cette rédaction pourtant de qualité. Attention, je ne me fais pas l’avocat de Sarkozy, je dis juste qu’il faut être lucide et juste, la rédaction de « 90 minutes » ne l’est pas à son égard.

D’autre part, j’ai été assez choqué par le parti pris en faveur des voyous. En gros, c’était « les flics violents face aux vrais faux jeunes voyous ». Le ton de l’interview des jeunes était plus que conciliant alors que dans le même temps, les images des policiers en action jouissaient de commentaires rajoutés bien peu flatteurs pour ces derniers. Ils décrivaient une police violente faite de cow boys lancés à la poursuite de jeunes sioux innocents au milieu du far west. Plus troublant, le décryptage des deux événements (l’affaire de la bombe lacrymogène devant la mosquée et celle des deux jeunes dans le transformateur EDF), là encore, la rédaction a pris la liberté de montrer une réalité très partiale, largement favorable aux civils (j’exagère un peu mais c’est tout juste si les CRS n’avaient pas tiré directement en direction de la mosquée et que la bombe lacrymogène avait atterri au milieu de la salle de prière après vingt cinq rebonds) alors que l’enquête a démontré tout autre chose comme je l’avais évoqué dans un précédent article. De même, l’affaire des deux jeunes est dépeinte comme étant une violente course poursuite dont l’origine ne serait pas claire mais là encore largement dépeinte comme défavorable à la police.

Bref, en ces temps troublés, je suis très gêné par cette attitude de certains médias qui consiste à montrer la réalité d’une manière biaisée. Je trouve dommage par exemple qu’aucune équipe n’ait suivi le travail des pompiers, cela aurait été intéressant. Ils auraient pu aussi montrer le travail d’investigation avec les peronnes interpellées. Non, ils se sont contentés d’insister sur quelques images de rodéos policiers et de scènes de guerilla urbaine qui ont sûrement dû amuser beaucoup de téléspectateurs mais qui ne sont pas commentées de manière juste. Tailler le travail des flics par derrière et adopter un ton conciliant avec les jeunes face à l’intolérable, c’est facile mais lâche. Ceci dit, je comprends bien cette attitude, il faut mieux se montrer sympa avec les jeunes lorsqu’on est en contact direct si l’on veut rentrer entier chez soit. De même, insister sur des « bavures » regrettables mais marginales tout en occultant largement ce qui a créé ce climat propice aux dérapages, c’est injuste. Je ne cautionne pas les bavures mais je ne cautionne pas plus la partialité journalistique.







L'autre monde | Thème liquide par Olivier