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Avr
07

A trois semaines du premier tour





Je passe la parole à Jean-Luc pour un carnet de campagne à trois semaines du premier tour :

Au moment où s’ouvre la campagne officielle pour les élections présidentielles, le rythme est appelé à changer. Ce point d’inflexion est surtout marqué par une impression de confusion accrue. Toute question, y compris pour des problèmes locaux péniblement corporatistes, reçoit réponse. L’agitation médiatique, la démagogie, les attaques réciproques s’accumulent, parfois jusqu’à la médiocrité et à la mesquinerie.

À vrai dire, nous y sommes habitués. Pourtant, en lisant hier « Le Fil de l’Épée » de Charles de Gaulle, je me prends à rêver de vision, d’abnégation, de grandeur. J’aimerais bien demander aux candidats, au moins à ceux qui ont des chances d’être élus, de répondre à ces trois questions :

1) Quels sont les deux ou trois objectifs auxquels vous donnez la priorité ? Si j’osais résumer, je citerais, pour François Bayrou, l’éducation, pour Ségolène Royal, l’ordre juste, pour Nicolas Sarkozy, « travailler plus pour gagner plus ». Je ne sais pas s’ils s’y reconnaîtraient, mais ce que j’aimerais, c’est qu’ils détaillent un peu plus.

2) Par quels moyens parvenez-vous à ces objectifs ? Là, le moins qu’on puisse dire est que la réponse est souvent un peu courte. François Bayrou fixe un objectif sympathique et précis : passons de 20% d’illetrés à l’entrée en 6ème à 0%. « Je le veux », dit-il avec conviction. Mais pas un seul commentaire de cet ancien ministre de l’Éducation Nationale pour nous dire comment il atteint cet ambitieux objectif. Pour établir l’ordre juste, Ségolène Royal évoque de manière réitérée les jurys citoyens. Je ne suis pas le seul à douter que ce retour à des pratiques révolutionnaires, qui n’ont fait qu’attiser la haine et faire tomber les têtes, soit le meilleur moyen de réconcilier les Français, qui restent parmi les derniers adeptes de la lutte des classes. J’avais trouvé sympathique son geste de tendresse vis-à-vis de la personne handicapée en fauteuil roulant. Mais j’ai été atterré par ce qu’elle s’est contentée de lui dire : « Je réglerai votre problème », au moment où les personnes handicapées attendent les moyens d’appliquer la récente loi sur le handicap, dont presque personne n’a parlé. Quant à Nicolas Sarkozy, quelle mouche l’a piqué, sinon la même qui le pique souvent, d’agiter ce brulôt de l’émigration et de l’identité nationale ? Décidément, cet homme intelligent a bien du mal à contrôler ses impulsions et ne paraît pas prendre en compte le « ressenti » de ses électeurs potentiels, comme de ses adversaires, ce qui est un comble lorsque l’on se présente à la magistrature suprême. On peut donner – et il ne s’en est pas privé – de multiples justifications lorsqu’il a parlé de « racaille ». Mais il n’a pas voulu accepter que ce terme en ait blessé beaucoup et l’ait finalement desservi. Il se serait grandi en le reconnaissant.

3) À quelle échéance ? Un projet sans échéance, disent les Américains, a toute chance d’échouer. Les candidats nous ont rarement livré cette échéance et cette répartition des actions dans le temps qui donne à un projet sa lisabilité, sa pédagogie, si nécessaires à ceux que l’on veut entraîner.

Je suis assez déçu par la prestation des trois candidats, qui se disent pourtant tous européens, sur ce grand projet qu’est l’Europe, dont nous venons de fêter le cinquantième anniversaire de l’acte fondateur. Le refus de la constitution européenne par les Français est, de l’avis de presque tous nos partenaires, une erreur navrante et funeste. Le prestige et l’influence de la France, qui a tant contribué à ce projet, s’en sont trouvés durablement altérés. À cet égard, je remarque la convergence d’Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires Étrangères de la gauche, et de Nicolas Sarkozy sur l’opportunité de soumettre un traité quelque peu simplifié au seul vote des parlementaires et d’éviter ainsi un référendum au résultat aléatoire. Un nouveau non donnerait raison aux extrêmistes, qui pensent naïvement que nous pouvons défendre notre modèle social, dont on a vu la splendide réussite, en acceptant de l’Europe que ce qui nous rapporte, tout en refusant ce que l’on doit apporter aux autres et à la construction d’une vraie puissance économique mondiale, qui ait la taille nécessaire pour relever le gant, face aux Etats-Unis et à la Chine.

Sur le plan économique, je suis atterré par les incantations : « Rétablissons la confiance… et la croissance ». Comment ? En augmentant franchement le S.M.I.C. et les salaires médiocres, en ponctionnant les actionnaires, en nationalisant, comme nous le recommande une extrême gauche qui n’a de gauche que le nom, car c’est la plus réactionnaire des formations, qui veut tout tout de suite, sans rien donner en échange. Comment les candidats, et cela est une faiblesse de cette campagne, ne regardent-ils pas au dehors de la France, par exemple en Grande-Bretagne, longtemps dirigée par la gauche, comme l’a été la France entre 1980 et 2002 ? En 1980, le Produit Intérieur Brut par habitant etait, en Grande-Bretagne, de plus de 12 points inférieur à celui de la France. En 2004, il est de 4 points supérieur! L’Allemagne, soumise à la même concurrence mondiale, est devenue le premier pays exportateur au monde, quand notre balance commerciale est devenue déficitaire. Comment font-ils donc ? Ils travaillent plus et plus longtemps, donc ils produisent plus de richesses, qui permettent à leur tour la croissance et la baisse du chômage.

J’ai vu, l’été dernier, en Norvège un agent des chemins de fer, qui organisait le départ d’un train de dix wagons, faisait le contrôleur, les vérifications techniques. Il avait 65 ans et paraissait très content de travailler. S’il est légitime que les pompiers, les mineurs aient des horaires réduits et une retraite plus précoce, il est tout à fait scandaleux que les cheminots partent à la retraite à 50 ou 55 ans. Qui sont donc ces jeunes, qui ont le privilège d’un emploi stable et sédentaire dans la fonction publique et qui se déclarent fatigués par les 35 heures, quand les commerçants et les patrons de petites entreprises dépassent allègrement les 60 heures, assez souvent même au-delà de 65 ans ?





5 commentaires pour “A trois semaines du premier tour”
  1. pascal dit :

    génial le dernier paragraphe !!

    je pense qu’en plus,les gens devraint crever au boulot comme ces courageux
    patrons et chefs d’entreprises…..( si,si, ça arrive )
    Ca, ce serait un vrai geste citoyen !!!

  2. Olivier dit :

    C’est ce que l’on appelle la France à deux vitesses, celle qui bosse et celle qui … 🙂

  3. pascal dit :

    bosse et ne s’en se vante pas………….

  4. pascal dit :

    Je trouve cette remarque un peu naïve et quelque peu désuette de la part d’ un homme politique ayant quelques responsabilités ( car je pense qu’il s’ agit de j-luc Roméro ).
    Ce type qui à 65 ans est encore très heureux de se lever à 3 ou 4 heures du matin ou se coucher suivant son planning (dimanche et fête compris ) me fait un peu sourire…………
    Monsieur Roméro est un doux réveur,c’ est sans doute pour cela que je suis assez indulgent envers lui mais tout de même attention aux images d’Epinal………

  5. Olivier dit :

    Non non Pascal, il ne s’agit pas de Jean-Luc Romero. Jean-Luc Romero dispose de son propre blog où il s’exprime mais le Jean-Luc de cette note n’a rien à voir avec Jean-Luc Romero… Ce n’est pas un homme politique, juste un citoyen qui a un avis sur certaines choses, comme toi ou moi…



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