29
Août
07

Adieu mon Zouzou





C’était un samedi froid du mois d’Avril 1993, je m’en souviens comme si c’était hier. J’avais alors 15 ans, j’étais en seconde, nous sommes allés chercher Isis au find fond de la banlieue. Elle était née dans un petit pavillon avec un jardin. Sa famille avait un style un peu bohême, un peu l’arche de Noé, des chats qui courraient dans tous les sens. Ils avaient passé une annonce sur minitel pour en donner. Ils ne savaient pas bien lequel nous confier. Je vis soudain ce petit chat passer entre mes jambes en courrant derrière un autre. Elle n’avait alors que quelques semaines. Je tentais de l’attraper mais elle me fila entre les mains. Quelques secondes plus tard, je réussi enfin à l’attraper. J’étais assez mal à l’aise avec cette situation. Je me disais que c’était dur d’arracher un chat à sa mère, à l’endroit où il était né. Je ne savais lequel choisir. Pourquoi lui plutôt qu’un autre. Je décidais donc rapidement que cela serait elle. Nous l’enfermions dans sa cage et nous partions vite. Isis venait de rentrer dans la famille. Pourquoi Isis? Parce que c’était alors l’année des « I » et que je trouvais ce prénom approprié pour un chat. Isis est la déesse protectrice et salvatrice de la mythologie égyptienne.

Après quelques minutes de route, nous sommes arrivés chez nous. Isis est terrée au fond de sa boîte, elle semble affolée. J’ouvre la porte, elle ne sort pas. Je la retire, la prend dans mes bras, elle donne un coup de griffes avec ses pattes arrières pour s’échapper. On peut dire que ce premier contact est réussi. Je ne comprends alors pas ce rejet. Elle me fuit. Elle est partie se cacher sous un meuble où je ne pourrais pas l’attraper. Elle y passera la nuit et la journée suivante. Puis au bout de quelques temps, la faim se faisant sentir, elle finit par sortir et venir manger un peu. Je suis alors très déçu et énervé par ce chat. Je découvre qu’il a son caractère et que contrairement à ce que mon esprit étroit d’adolescent avait imaginé, elle n’est pas très affectueuse et elle ne semble pas très contente d’avoir atterri dans notre famille. Cette douloureuse remise en cause me déstabilise alors profondément. Je me dis qu’on ne peut pas garder ce chat si c’est pour qu’il reste toute la journée planqué sous un meuble, qu’il crache dès qu’on essaye de l’approcher. Ma mère refuse qu’on le ramène, elle me dit qu’il faut être patient, qu’il va s’adapter. Je suis torturé intérieurement, je ne comprends pas ce qui se passe. Comment est ce que ce petit animal peut réagir de manière si agressive alors que je suis plein d’affection à son égard.

Puis, rapidement, en deux semaines environ, son attitude évolue. Isis sort de sa cachette. Elle ne se laisse pas encore prendre facilement dans les bras mais elle a compris où était le frigidaire et elle apprécie qu’on respecte ses horaires de repas.

Quelques mois plus tard, première vsite chez le vétérinaire, je suis alors insouciant en poussant la porte du cabinet. Le vétérinaire me dit qu’on doit lui faire une prise de sang pour déterminer si elle est succeptible de présenter un risque face à une maladie grave (je ne me souviens plus laquelle), je suis alors stupéfait. Je ne m’attendais pas à cela. On fait la prise de sang. Isis tremble mais ne dit rien. S’en suivront quelques jours d’angoisse dans l’attente des résultats. Heureusement tout va bien, Isis ne présente aucun risque.

Les mois suivants seront ceux de l’éducation et de l’adoption. Au départ, Isis aura le droit à un régime difficile. Elle doit dormir seule dans la cuisine fermée. Le matin, elle miaule pour avoir à manger. Puis petit à petit, on la laisse dormir où elle le souhaite. Elle adopte alors rapidement le grand fauteuil du salon qu’elle fait sien. Cela deviendra son fauteuil préféré pendant des années. Elle n’acceptera que rarement de le partager avec quelqu’un et attendra toujours qu’on lui fasse une place raisonnable pour qu’elle puisse s’alonger confortablement et y dormir paisiblement pendant des heures.

Isis est une grosse gourmande, elle sait vite faire la différence entre ce qui est bon et ce qui l’est moins. Hors de question de manger dans une gamelle mal nettoyée. Hors de question de manger trop souvent des croquettes, sauf celles au poisson qu’elle affectionne particulièrement mais qui lui donnent une haleine de chacal dont je me souviens encore (elle prenait plaisir à bailler bouche grande ouverte après avoir mangé ces fameuses croquettes au poisson). Isis adore le chocolat, elle le sent de loin. Elle ronronne de toutes ses forces lorsqu’elle sent le parfum si particulier du chocolat. Elle apprécie modérément la nourriture en boîtes pour chats qu’on lui donne. De toute évidence, elle n’est pas ravie de manger deux jours de suite la même boîte et se positionne rapidement devant le placard où sont entreposées les boîtes fermées avec un air de chat prêt à se lancer dans une manifestation de grande ampleur aux côtés de la confédération des chats maltraités lorsque l’on lui ressort deux jours de suite du frigidaire la même boîte. Isis est très réactive et fonce ventre à terre du find fond de l’appartement lorsque j’agite sa boîte de croquettes ou que je tappe avec une cuillère sur sa gamelle pour signaler l’heure du repas. Il faut dire qu’elle a bon apétit. Elle adore aussi partager nos repas et est toujours prompte à réclamer debout sur ses pattes arrières qu’on lui envoie un petit bout de viande. Je me dis souvent que j’aimerais bien avoir son apétit.

Isis est assez spotive, elle aime bien courir, monter et descendre les escaliers à toute vitesse. Elle adore grimper aux arbres. Isis est également un félin capable de rester pendant des heures sans bouger, prête à bondir ou juste plongée dans ses songes de chat. Je la vois encore l’été dans le bac à fleurs, en plein soleil, immobile, le regard fixe, les jambes recourbées sous son corps. Elle adorait sentir les fleurs, jouer avec l’embout du tuyau d’arrosage.

Il faut maintenant que je vous raconte une journée type avec Isis dans mes jeunes années. Le matin, elle attendait derrière la porte de ma chambre bien calmement (même si parfois, elle cognait avec sa tête pour essayer d’ouvrir lorsqu’elle en avait assez d’attendre). Lorsque je sortais, elle se frottait contre mes jambes puis fonçait aux WCs (elle savait que c’était le premier endroit où j’allais le matin). Elle ronronnait alors comme une folle sachant qu’après les WCs, il y avait la cuisine! Nous allions donc à la cuisine et là il fallait bien entendu qu’elle soit servie la première. Après ce petit déjeuner, Isis pleine d’énergie venait me retrouver sur mon lit. Je me levais alors tôt et je passais souvent 20 minutes avant de m’habiller pour partir à l’école dans mon lit à songer. Isis adorait troubler cete période de songe. Elle s’amusait à attraper mes doigts de pieds à travers la couverture. Voyant le pied donner une forme innatendue à la couverture, elle sautait dessus, essayait de l’attraper, de le mordre. Elle adorait arracher des morceaux de laine de la couverture. Elle ne les avalait pas mais ça l’amusait de mordre la couverture. Puis, la journée s’écoulait, Isis dormait beaucoup, comme tout chat. Le soir, le simple bruit de l’ascenceur suffisait à la faire bondir et trépigner derrière la porte. Elle savait quand c’était moi et ne se déplaçait jamais si c’était un autre. Elle m’accompagnait en miaulant jusqu’à ma chambre, elle se frottait contre mes jambes, elle était si contente que je sois rentré. Après un petit dîner, pleine d’énergie, elle passait 15 minutes à jouer, à courir dans tous les sens. Elle aimait particulièrement se mettre en haut de l’escalier dans le noir et observer le passage. On ne voyait alors que ses deux yeux brillant dans le noir. Puis elle finissait pas se coucher et dormir.

Les premiers mois furent parfois difficiles. Isis faisait quelques bêtises. Elle prenait un malin plaisir à uriner sur la couette de Frère Palto ou sur le tapis de la salle de bains lorsqu’elle estimait qu’elle avait trop attendu sa nourriture ou si quelqu’un avait eu un comportement déplacé à son égard. Une ou deux fois, elle a même poussé le vice jusqu’à faire sa grosse commission sur la couette de ce pauvre Frère Palto (Frère Palto n’est pas un moine, c’est mon frère). Furieux, je lui ai alors mis le nez dans sa merde, elle n’a plus jamais recommencé. Il y eu bien parfois au cours des premiers mois quelques punitions mais globalement, ce chat n’était pas plus turbulent qu’un autre. Elle s’amusait à aller finir les assiettes dans la cuisine pendant que nous mangions dans la salle à manger. Parfois même, elle embarquait un morceau du poulet pour aller le manger sous un meuble. Elle aimait bien aussi attaquer les gateaux la nuit pendant que tout le monde dormait.

Isis adorait jouer à cache cache. Elle avait le don pour trouver les cachettes où l’on n’irait pas la chercher. Elle arrivait à ouvrir les placards pour s’y cacher mais avait parfois du mal à en ressortir seule ce qui fait qu’on entendait un petit miaulement au bout de quelques heures. Au début, lorsqu’elle était petite, elle n’avait pas conscience de son corps. Elle pensait qu’il suffisait de cacher sa tête pour que l’on ne la voit pas. Alors elle mettait sa tête sous la couverture et avait tout le corps qui dépassait. Elle ne comprenait pas qu’on la trouve si facilement. Ensuite, quand elle avait compris, elle se cachait complètement et on ne voyait plus qu’une petite montagne se former sous la couverture. Je m’amusais à m’asseoir doucement sur la montagne et elle se mettait alors à grogner délicatement pour signaler sa présence, c’était un jeu entre nous.

Nous partions souvent en vacances dans le sud l’été. Elle adorait rôder la nuit dans les collines. Parfois elle ramenait une petite souris le matin, toute fière d’avoir été un chasseur efficace. Elle venait aussi souvent miauler à la porte lorsque le vent soufflait trop fort ou qu’il pleuvait. Elle aimait bien dormir sur mon lit. Comme je bouge beaucoup, elle se prenait régulièrement un coup de pied qui la mettait par terre. Elle sautait alors sur le lit et se frottait longuement contre ma tête, me léchait avec sa langue rapeuse en ronronnant très fort pour me signaler combien elle était heureuse d’avoir le droit de dormir sur mon lit. Moi j’étais très mécontent d’être ainsi réveillé en pleine nuit mais je comprenais bien sa joie.

Lundi, Isis est morte à l’âge de 14 ans. Il y a encore quelques jours, elle allait très bien et passait des vacances bien méritées à la campagne. Puis brusquement, son état de santé s’est dégradé et il a fallu l’euthanasier. Je ne l’ai pas revu vivante. Hier je l’ai enterré. Ce fut très dur. Je ne pensais pas vivre une telle émotion. Je me revois encore submergé par cette émotion incontrôlable lorsque j’ai serré son corps raide une dernière fois avant de la déposer dans une petite boîte qui fera office de cercueil. Moi, Olivier, cet homme de 30 ans qui a déjà connu la peine de la perte d’un être cher, je me retrouve à terre en train de pleurer comme une madeleine avec dans les bras le corps de ce petit être qui m’a tant aimé. Je n’arrive pas à m’en séparer, c’est trop dur. J’entends le souffle du mistral dans les pins, je la revois avançant de son pas de félin dans les collines, et maintenant, elle est là, sans vie, dans mes bras. Je vous fais grâce des détails logistiques de l’enterrement qui sont sans importance pour vous.

Enfin, j’ai vu nos vies respectives défiler en reprenant l’avion pour rentrer sur Paris. Elle m’a apporté tant de bonheur, elle fut d’un soutien incroyable dans des moments difficiles de mon adolescence. Elle était toujours joyeuse, toujours aimante et fidèle. Elle ne m’a jamais trahi. Elle était si intelligente qu’elle m’étonnait souvent, j’étais fier d’elle. Elle était unique. L’expression de son regard suffisait à me faire comprendre son état d’esprit du moment. Elle me manquera. Je ne souhaite pas la remplacer. J’espère qu’elle aura une vie heureuse au paradis des chats.

Chat





8 commentaires pour “Adieu mon Zouzou”
  1. Gilles dit :

    Vécu à peu près la même chose, sauf que je lui ai dit adieu chez le véto. Rien, je ne sais pas si le chat s’en rend compte, de cette séparation.
    On croit trois fois rien mais les chats ne savent pas dire qu’ils ont mal…

  2. Olivier dit :

    C’est dur…

  3. pascal dit :

    Merci Olivier pour cette tranche de vie que nous avons tous connue,pour ceux qui ont eu un animal à la maison….
    Tu n’est pas que le winner-killer de certains de tes articles et cela fait plaisir à lire.
    J’ai fait incinérer en 2000 ma gentille Diane, que j’appelais « Dianette »,une chienne Epagneul-breton qui nous a quittée après 18 ans d’amitié partagée…
    J’étais allé la chercher à la SPA de Genevilliers alors que j’étais célibataire.
    Elle à donc dû accepter celle qui est devenue ma femme et ensuite mes 2 enfants.
    Je disais souvent d’ailleurs que c’était ma grande fille….
    Ses cendres sont aujourd’hui enterrées autour d’un eucaliptus en Bretagne.
    J’ai tellement pleuré après sa disparition que je ne voulais surtout plus d’animal et puis mon fils ainé a tellement insisté qu’il y a 3 ans nous avons adopté Némo, ( le capitaine,pas le poisson !) un gentil croisé York qui rempli la maison de ses aboiements….
    Mais c’est sur,je n’oublierai jamais ma Dianette…..
    Si tu ne l’as pas vu je te conseil le film  » mon chien skip ».
    Une belle histoire sur l’animal de notre enfance.

  4. Olivier dit :

    Merci sincèrement pour vos commentaires, les animaux ont cela de rare qu’ils sont d’une fidélité sans limites. Isis était si sensible qu’elle savait exactement comment s’y prendre pour obtenir ce qu’elle voulait mais aussi à quel moment on pouvait avoir besoin de son affection. Je la revois encore allongée sur le côté sur mon lit, faisant doucement bouger sa patte pour m’indiquer de continuer à la caresser. Elle pouvait se laisser caresser pendant des heures, c’était une petite boule de bonheur.

  5. Gilles dit :

    J’ai aussi repris un chat.
    Un bébé arrive, on verra comment il se comporte.
    Finalement, le chat est comme moi : tétu est assez c** mais bon, sans lui…

  6. Frère Palto dit :

    Isis était vraiment adorable et je suis sûr qu’elle sera heureuse au paradis des chats.

    Tu lui as donné énormément de bonheur. Garde ces images positives de bonheur.

    Ton frère qui t’aime fort

    Frère Palto

  7. Francis@ dit :

    Eh oui !!! La triste réalité de la vie, toutes histoires à une fin… J’ai vécu la même avec mon chat Moustique !!! Il est tombé malade pendant que j’étais en Séminaire et m’a attendu, 3 j après le véto m’a appellé au bureau pour me dire qu’il fallait lui faire la piqure magique :(, je suis parti du bureau dans un pitoyable état… C’est dur à imaginer mais la complicité que l’on peux avoir avec certains animaux peut être très forte. Je ne rien voulu reprendre pendant un moment et viens de craquer récemment pour cette fois un petit chiot !!! …

  8. Chantal dit :

    Cher Olivier,

    Moi également, j’ai eu une petite chatte nommée Isis. Tout comme la vôtre, elle m’a quitté, le 28 décembre 2005, après 10 ans et demi de vie commune. Pas un jour ne se passe sans que je pense à elle. Elle me manque toujours autant alors qu’un petit Mourzouk est arrivé dans ma vie. Il est tout à fait différent et pourtant certaines de ses manières me rappellent Isis. Je pense que c’est dû à l’amour que je lui donne. Mais un jour ou l’autre, Isis, Mourzouk et moi nous nous retrouvons quelque part !



L'autre monde | Thème liquide par Olivier