5
Jan
09

Au diable les lacets!





Je passe la parole à Malicio del Toro qui ne connaît visiblement pas les mocassins.

Le jour de l’an est celui des grands projets qu’on ne réalise jamais et des petites décisions à la portée de toutes les bourses, si j’ose m’exprimer ainsi!

J’ai donc décidé, dans un élan de liberté, avec exécution immédiate, de ne plus attacher les lacets de mes chaussures.

Vous ne pouvez pas savoir mon bonheur! Inutile de se pencher et de risquer le « tour de rein », surtout après les excès en tous genres du réveillon: ne me demandez pas de détailler ce que la morale pourrait réprouver.

Et de pester, lorsqu’un lacet usé se met à craquer, juste à la jonction du premier oeillet, interdisant le noeud salvateur…parce que, justement, on a voulu enfiler de force ses godasses, qu’on avait jeté la veille, dans une demi-brume alcoolique, sans défaire ses lacets!
 
Et surtout, quelle libération pour le pied! La marche devient un plaisir sans contrainte. Plus d’ulcération, plus de gonflement comprimé, plus de risque d’occlusion veineuse, de phlébite et d’embolie pulmonaire!
 
Enfin, les gens ne le remarquent pas tout de suite. Mais, lorsque vous bagnaudez, d’un air dégagé, en frac, redingote et casquette de chasseur, sur les planches, à Deauville, c’est très gratifiant de croiser le regard incrédule de la rombière qui se demande si vous n’entrez pas dans la maladie d’Alzheimer ou s’il faut vous siganler aimablement que vous avez oublié…
 
Jusque là, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible, jusqu’à ce qu’en voulant m’incliner pour saluer, je ne marchasse sur mon lacet et m’étalasse, maculant au passage ma belle redingote en poil de chameau, dans la crotte toute fraiche du caniche de la rombière.







L'autre monde | Thème liquide par Olivier