Poésie

Eté Bahaméen, Entre mer et jardin


Voici un petit poème en alexandrins écrit en 1994 par Jean-Luc, illustre auteur invité de ce blog, lors d’une de ses escapades à l’autre bout du monde. Au jardin tropical, par delà les feuillages S’étendent un sable blanc, l’écume et le rivage A l’ombre d’une haie d’opulents cocotiers Et des branches moussues des verts tamariniers Flamboyants épanouis, aux teintes cramoisies Qui jettent un éclat pourpre et un parfum d’Asie Une nymphe d’albâtre, trônant sur l’herbe drue Aux rayons du soleil, tend son épaule nue Une maison de pierre, par l’embrun burinée Un amour en sa niche, volets entrebâillés, Git dans les arbousiers, en un coin retiré Entre les hauts palmiers, les bosquets de lauriers Un chemin de dallage conduit à un poton Où la mer à l’azur, tendrement, se confond Accoste une gondole … ou bien j’ai dû rêver Dans la brume du soir, aux îles Borromée Quand du jour finissant s’évanouit la chaleur Et s’estompe de l’air l’excessive moiteur Dans les hautes fougères, croasse un caribou L’eau turquoise devient opaque, tout-à-coup Car jaillit du zénith la flèche d’un éclair Le ciel s’obscurcit et plus verte est la mer Un jaune flamboyant, serti de l’or des Scythes Découpe en arabesque les nuées anthracite Et comme une aquarelle, s’estompe vaguement Sur un camaïeu rose, qui suinte à l’Occident. Dans le bruit du ressac, un alizé furtif Tout paraît apaisé. Soudain l’air est plus vif Images éblouissantes, vibration auditive, A nos sens enivrés, symphonie fugitive. Voici ce que je ressens comme une incomplétude Quelque chose, quelqu’un manque à la plénitude Entre palmiers royaux et lianes enlacées Mozart était caché et son chant s’est levé, Touchant nos coeurs émus et que la joie abonde. Nous sommes au milieu de la beauté du monde.


L'autre monde | Thème liquide par Olivier