22
Oct
07

Cher Robert Badinter… Cher Frédéric Michalak, « Plaire, émouvoir, convaincre » dans l’ordre !





Je passe la parole à Jean-Luc pour une petite note écrite suite à la victoire sur les Blacks (cela semble déjà loin).

C’est Cicéron, la référence suprême des orateurs, qui parle ainsi. La citation,  que Badinter s’excuse de faire d’abord en latin, est magnifiée par l’expression du visage : l’œil acrocheur et séducteur, le sourire de connivence, le timbre enveloppant et une certaine raideur distinguée qui contraste, par sa maîtrise, avec l’éclat du regard et du sourire. A près de quatre-vingts ans, il déploie, dans cet instant, tout son charme.

Plaire d’abord, ensuite émouvoir… Dans le premier contact de l’orateur avec son auditoire – « cabotin, que ferais-tu sans ton public ? » – le premier contact est émotionnel. Comme celui de l’amoureux avec l’objet de son désir. Convaincre enfin, car l’émotion fait le lit de l’exercice de la raison, en le précédant, comme l’a montré Damasio.

Robert Badinter insiste : « Si vous n’avez pas su plaire et émouvoir, vous ne saurez convaincre. » On pense aux envolées de ce grand classique qu’était de Gaulle. On pense aussi à Martin Luther King, qui commence par « I have a dream… ». On pense enfin à Jean-Paul II, le jour de son intronisation, avec le fameux « N’ayez pas peur ! ».C’est aussi le souvenir du face à face des Bleus et des « Blacks », lors de leur Haka, samedi dernier à Cardiff. Chacun cherche, dans cet affrontement à forte charge émotionnelle, à la limite du contact physique, à impressionner l’autre, pour mieux le dompter dans les minutes qui vont suivre.

Et pourtant ! Dans l’art oratoire, comme dans un match de rugby, tout n’est pas joué dès le début. Le vent peut tourner, comme il a tourné à la soixante-dixième minute du match.

Le voilà, le tournant du match, à un moment, à dix minutes du coup de sifflet, qui rend délicat et improbable un nouveau retournement de la situation. Et voici le drame rejoint par l’esthétique.

On a eu à peine le temps de voir émerger Michalak. On n’a pas trop bien su comment il a pu lancer ce sprint étourdissant, à peine infléchi par les habituels zig-zags. Mais le plus beau est à venir. Approchant du choc inévitable avec les arrières « Black », il se retourne, pour voir à qui faire la passe. Ce balayage du regard, à presque 180°, paraît une éternité de calme, de domination, de vista .

Rien n’était véritablement prémédité. Jauzion s’est trouvé dans l’encablure du coup d’œil. Après l’envolée, la passe décisive. Je ne veux pas diminuer le mérite de Jauzion, car il faut savoir conclure. Mais la conclusion allait presque de soi, face à des « Blacks » médusés, débordés. La vitesse était à ce moment-là chez les Bleus. On ne rattrape pas si facilement un TGV lancé !







L'autre monde | Thème liquide par Olivier