11
Juil
06

Comment manager votre manager?





Le manager, c’est un peu l’empêcheur de tourner en rond. Il veut faire plaisir à sa hiérarchie alors il a tendance à appuyer sur votre tête pour rebondir le plus haut possible. Mais toute la difficulté pour lui réside dans le fait de ne pas vous casser le cou car sinon, il ne peut plus compter sur vous. Parfois ferme, parfois doux comme un agneau, le manager utilisera tous les stratagèmes possibles pour parvenir à ses fins.

Il existe cependant plusieurs techniques pour manager les attentes de votre manager ou plus clairement pour qu’il vous lâche la grappe. Je vais les développer ici. Je les ai toutes expérimentées avec un certain succès.

Tout d’abord, la technique de l’autruche, elle consiste à passer pour l’employé débordé. Elle est très utilisée par un certain nombre d’incompétents qui arrivent tôt le matin et repartent tard le soir mais passent la moitié de leur temps dans l’aide de Word ou d’Excel pour comprendre comment agrandir la police de caractère. Cette technique vous laissera du répit pendant quelques mois mais une fois votre réelle charge de travail débusquée, vous risquez d’être mal vu. Alors il faut la manier avec prudence.

Ensuite, la technique du touriste qui consiste à passer pour le branleur de service qui se fout de son boulot mais est très sympa avec ses collègues. Là encore, cela ne marche qu’un temps. Il faut être très sympa avec tous ses collègues, mettre l’ambiance et avoir des horaires légers (arrivée à 10-11h, départ à 17h max, il ne faut pas arriver deux fois en retard dans la même journée). Le touriste doit être prêt à supporter les quolibets de ses collègues, il sera jalousé car il se permet de faire ce que les autres rêvent de faire mais n’osent pas, il a la belle vie, lui! Du coup, le manager le trouvant sympathique, il ne lui en demande pas trop.

Après, il y a la technique du ventilateur. Elle consiste à brasser beaucoup d’information autour de ton manager. Il faut faire très attention car cette technique est risquée. Si vous asphyxiez votre manager avec un surplus d’informations trop inutiles, il risque de se rendre compte que vous lui prenez plus de temps que vous ne lui en économisez et cela sera le placard (vous deviendrez alors le facilitateur). Alors il faut trouver le bon terrain pour jouer pleinement son rôle de ventilateur. Par exemple, proposez vous pour assister à la réunion téléphonique du vendredi soir à 19h avec le client ce qui lui permettra de partir en week end plus tôt. Proposez vous de préparer les rapports pour sa hiérarchie. Le but est d’avoir des tâches différentes du reste de l’équipe, des tâches que le manager devrait effectuer lui même mais qu’il préfère déléguer car elles ont une très faible valeur ajoutée. Du coup, vous serez ce petit objet sympathique qui lui rend l’air plus agréable, le ventilateur!

Petite variante du ventilateur, le facilitateur est l’employé placardisé et/ou surpayé qui fait tout pour garder son poste. Il passe son temps à faire des tâches pourries pour d’autres. On dit souvent de lui qu’on pourrait lui donner un balais pour balayer les chiottes (je m’excuse auprès des employés d’entretien par avance). Bref, il se rend utile, il ne sert à rien au fond mais il facilite. Il vous prêtera son PC portable pour votre réunion avec le grand patron, il appellera son vieux pote Roger chez votre client pour vous faciliter un rendez vous, il vous tiendra informé de votre côte de popularité auprès de la direction. Il passe plus de temps à écouter les ragots et à créer les rumeurs qu’à travailler. Souvent, les facilitateurs sont d’anciens ventilateurs dont les managers ont eu assez.

Ensuite, la technique de la chaise vide! Elle consiste à ne pas trop se montrer au bureau. Du coup, on croit que vous êtes toujours en clientèle mais en fait, vous bossez glandez chez vous, trop fort non? J’en connais qui ont fait cela pendant des années dans de très grandes boîtes avec un succès incroyable. Ils venaient une à deux fois par mois au bureau, se faisaient passer pour très débordés par leur activité et hop, retour à la maison pour un mois de vacances! En général, l’employé ou le manager qui utilise la technique de la chaise vide a lui même un manager très occupé ou distant (dans un autre pays par exemple) ce qui lui offre une certaine autonomie. Il s’arrange pour lui envoyer les bons signaux afin de le mettre en confiance : un petit email à 7h30 le matin, un autre à 22h30, un ou deux le WE, quelques appels téléphoniques bien sentis pour partager la pression des vacances… oops du travail et hop le tour est joué.

Dernière technique/catégorie, la technique du dialogue participatif non constructif. Elle est très difficile à manier. C’est celle que j’utilise avec les managers les plus coriaces, ceux qui ne lâchent rien et s’y remettent à dix fois pour obtenir ce qu’ils veulent. Alors, voici comment il faut procéder. Comme le manager va revenir plusieurs fois à la charge, il faut alterner les tactiques et les réponses :

  1. Prendre un ton empathique, concerné. Se positionner comme l’employé expert dans son domaine qui est tellement expert dans son domaine qu’il ne peut pas aider le manager sur le domaine ou le projet souhaité. Discuter ouvertement avec lui du projet tout en gardant une certaine distance sémantique montrant que vous comprenez son problème mais que vous n’êtes pas la bonne personne pour l’aider. Le rediriger ou suggérer des personnes adéquates pour ce projet.

  2. Noyer le poisson sous votre activité. Lui expliquer que vous allez étudier son projet, ceci vous permet de couper court à la discussion puis d’y revenir plus tard. Ensuite, lorsqu’il revient, lui expliquer que vous avez réfléchi à son projet et repartir sur le point 1.

  3. Profiter de la proximité d’un collègue pour l’impliquer dans la discussion. Commencez par l’interpeller puis valorisez le auprès de votre manager. Ensuite, prenez petit à petit de la distance sans pour autant vous échapper brutalement. Faites sonner votre téléphone portable et écartez vous discrètement laissant votre collègue et le manager discuter ensemble de leur collaboration sur le projet.

  4. La réaction épidermique : Non c’est non! Il faut l’utiliser en dernier recourt et le plus rarement possible car sinon, vous passerez pour celui qui ne veut jamais rien faire de nouveau. Il faut se montrer très ferme tout en étant pas agressif. Indiquez au manager que vous ne souhaitez pas travailler sur ce projet car vous êtes déjà surbookés, que le projet malgré son intérêt certain ne rentre pas dans votre plan de charge pour les mois à venir, etc…

  5. L’excuse bidon. Elle vous sauvera une ou deux fois mais pas plus. Vous pouvez d’abord dire que vous vouliez prendre des vacances au moment du projet proposé donc cela tombe mal. Vous pouvez aussi dire que vous avez eu une grosse difficulté avec un autre collègue impliqué sur le projet et vous ne souhaitez pas travailler avec lui. Vous pouvez dire que vous avez déjà travaillé sur ce genre de projets et vous préférez laisser votre place à un petit jeune aux dents longues.

Voilà, vous l’aurez compris, dans le dialogue participatif, tout l’art réside dans la capacité à faire cheminer le manager suivant votre idée et non l’inverse. Du coup, ce n’est plus lui qui vous impose son mode de fonctionnement mais vous qui lui montrez la voie. Si vous êtes forts, le manager ne s’en rendra même pas compte et il lui faudra des semaines pour se rendre compte que vous l’avez berné. Il reviendra alors à la charge et il vous faudra utiliser une variante pour le berner à nouveau. Evitez toujours d’être trop direct dans vos réponses, parlez à la troisième personne, ne parlez jamais de vous, ne dites jamais « je », faites ressentir au manager qu’il n’a pas une discussion avec un candidat potentiel pour son projet mais avec un collègue qui lui donne de bons conseils.

Bien entendu, il faut aussi travailler un peu! Et n’allez pas croire que je sois un fainéant. J’ai juste appris à ne plus me faire embarquer sur des projets bidons par des managers incompétents.





3 commentaires pour “Comment manager votre manager?”
  1. pascal dit :

    Sympa,en tout cas amusant…
    Ca change un peu, en général ce genre d’humour est réservé
    aux fonctionnaires…..

  2. Draky dit :

    Nous, on n’a pas de manager, on a un ou une responsable hiérarchique, qui lui(elle)-même à un ou une supérieur hiérarchique, et c’est sans fin jusqu’en général en haut de la pyramide de l’administration, sachant que le « responsable » de l’administration en question a des comptes à rendre en haut 🙂
    Sinon, le ventilateur, si j’ai bien compris, est un lèche-cul 🙂
    Ce que je préconise pour les bas-salaires :
    si tu n’es pas payé pour réfléchir, ne réfléchis pas, sauf si tu convoite un poste équivalent (voir LE poste) à celui du supérieur hiérarchique
    si tu n’est pas payé pour avoir des responsabilité, décharge-toi de celles-ci sur ton supérieur qui lui est payé pour 🙂

  3. Olivier dit :

    Le ventilateur est souvent un lèche cul effectivement, notamment s’il a de l’ambition et qu’il n’a pas compris que l’on est ventilateur à vie faute d’être compétent…



L'autre monde | Thème liquide par Olivier