6
Juil
09

Japon : l’empire de la politesse





Je passe la parole à Medorius San pour un carnet de route au Japon.

Shinkansen

J’aime les gares. Évidemment, je préfère les gares spacieuses, aux baies vitrées et aux sols immaculés du Japon, aux gares crasseuses, qu’on trouve encore trop souvent en France.

La gare de Kyoto est immense, un rectangle gris barrant l’horizon, au grand dam des Kotyoïtes, férus de temples et de jardins zen.

Le nozomi, catégorie la plus rapide des shinkansen, les trains à grande vitesse japonais, a un profil de squale, au nez profilé pour faciliter la pénétration de l’air. La densité et la régularité des transports publics est ici extraordinaire. Entre l’arrêt du nozomi et son départ, il y a moins d’une minute 30 secondes pour la descente des voyageurs et la montée de ceux qui leur succèdent.

Il faut dire que tout est anticipé. Non seulement ceux qui descendent sont prêts, tous en ligne, dans les couloirs spacieux du wagon ; mais aussi ceux qui vont monter qui se présentent, eux aussi, en ligne le long d’un couloir inscrit sur le sol. Cerise sur le gâteau, l’extrémité de ce couloir, sur laquelle se plante le premier voyageur, se trouvera exactement en face de la porte du wagon dans lequel il a réservé sa place. Et cette porte est exactement de niveau avec le quai, facilitant l’entrée des personnes handicapées, mais aussi du voyageur lambda, qui n’a pas à franchir une marche haute, avec une lourde valise, ce qui, pour une personne âgée, prendrait plus de temps.

Plus extraordinaire encore, le temps qui sépare deux nozomi sur la même voie. Pensez que ces trains sont lancés, entre deux gares, à plus de 300 km./h. Le nozomi, qui s’élance sous mes yeux, suit de 4 minutes seulement celui qui l’a précédé. Imaginez ce qu’il faut d’organisation, de respect strict des horaires, de mesures de protection pour éviter qu’un train en percute un autre. La précision, guidée par un chef de gare aux gestes de danseur, est sans égal. Sur les 4 trains que j’ai vu se succéder sur la même voie, le décalage par rapport à l’horaire était toujours inférieur à 30 secondes. Et la moyenne générale des retards, sur le shinkansen, est de 36 secondes!

Notre TGV aura encore bien des progrès à faire! Le confort intérieur est aussi supérieur : le double vitrage atténue considérablement les bruits extérieurs. L’ambiance intérieure s’en ressent, les voix sont feutrées. L’espace du wagon est aménagé comme dans les avions : 3 sièges de rangs à gauche, 2 à droite, ces 2 rangées séparées par une allée centrale nettement plus large que dans les TGV. Dans ces derniers, les valises des voyageurs en déplacement accrochent souvent les genoux qui débordent des sièges des voyageurs assis. En face de chaque siège, les recommandations vont dans le même sens : « For your safety, don’t rush for your train… please switch your mobile phone to silent mode ».

La stabilité est remarquable. Même à 300 km./h., le roulis est très atténué, évitant déséquilibre et chutes.

Quand nous sommes arrivés, à 7h.30, à  Kyoto, la gare, pourtant très spacieuse, était déjà bondée. Deux types de hordes dominent. Ce sont tout d’abord ces quadragénaires presque tous en costume noir, attaché-case ou ordinateur à la main, qui se rendent au travail. La foule est dense mais s’écoule de manière harmonieuse.

Le rythme des pas est à peu près le même, les déplacements parallèles, les flux en sens opposé le plus souvent évités. Presque personne ne coure, presque personne ne se frôle, tant la vitesse de déplacement est régulière et partagée. Chacun anticipe, arrive avant l’heure.

La deuxième horde est composée d’enfants ou d’adolescents. Ils sont aujourd’hui en groupes très importants, d’une bonne centaine d’enfants en moyenne. Pour cette centaine d’enfants, je compte seulement 3 ou 4 accompagnateurs adultes. Lorsque les enfants attendent, ils sont invités à s’asseoir par terre, proches les uns des autres, en carré. Les conversations vont bon train. Et si les voix ont l’aigu des enfants, aucun ne se lève et, a fortiori, ne se dispute.

Au commandement, ils se lèvent, en file par deux et grimpent, au même rythme, vers les escalators. Exception, un petit groupe de 8 enfants, garçons et filles, est sermonné par une femme adulte qui, visiblement, ne plaisante pas. Les enfants baissent la tête, au moins provisoirement!

Certains groupes, filles comme garçons, sont en uniforme marin, avec chapeau rond ou casquette. Tous sont impeccables, chaussettes bien tirées, souliers luisants.
« L’ennui naquit un jour de l’uniformité » dit-on. Je n’ai pas vraiment eu l’impression que les Japonais s’ennuyaient, cadres tournés vers le travail, enfants conversant gaiement entre eux, surtout les filles!

Hiroshima : « L’odeur du monde a changé », G. Duhamel.

Certainement la visite la plus impressionnante. De la gare au mémorial, larges avenues arborées, buildings flambant neufs, aucun vestige du 6 août 1945, le jour où le monde a changé… d’échelle, hélas, l’échelle de la terreur!

Aucun vestige? Si!, un seul, près du pont qui mène au mémorial, le « A-bomb dome » représente la seule trace historique du feu nucléaire. C’est une sorte de carcasse désossée, aussi éloquente que sinistre, au milieu des bosquets fleuris et des arbres aux délicats feuillages. Il paraît que ces pans de murs sont restés debout parce que l’explosion, à 600 m. d’altitude, se trouvait presque à l’aplomb du dôme et que le cône de pression s’est trouvé à la verticale ou presque, du site, dans le sens de l’armature métallique verticale.

Tokyo : au parc Ueno

Contrairement aux idées reçues, les Japonais sont aussi différents les uns des autres que les Européens ou même les Français.

D’abord, il y a deux catégories : ceux qui ont les yeux – relativement – bien ouverts et ceux qui ont les yeux si bridés qu’on se demande comment ils peuvent voir entre leurs paupières. Cela paraît quasiment impossible pour ceux qui font partie de cette deuxième catégorie et dont l’obésité du visage repousse les paupières l’une contre l’autre.

Ne riez pas! Cela doit être très gênant et mériterait l’allocation pour adulte handicapé.







L'autre monde | Thème liquide par Olivier