26
Jan
08

La commission Attali : la rupture au galop!





Je passe la parole au Prince de Médor pour une note sur le rapport Attali.

Quel tollé bien plus grand la publication des résultats n’aurait-elle pas entraîné si elle avait été formulée par un homme de droite ? La commission Attali aura infligé un coup supplémentaire au clivage droite-gauche, processus d’identification traditionnel des électeurs français. Comme l’entrée au gouvernement d’hommes et de femmes « de gauche » ! 

Une chose m’a heureusement frappé : l’introduction de l’évaluation, qui distingue bons et mauvais élèves, précisément là où le conservatisme traditionnel et ambiant prône l’égalitarisme. Les universités seront évaluées – enfin ! – des pôles d’excellence distingués. Les enseignants seront évalués. Et tout ce monde le sera non seulement par les enseignants, mais aussi par les usagers, étudiants et élèves.

Ce qui n’est pas très clair, c’est la conséquence de ces évaluations : tout au plus sait-on que l’avancement au mérite sera mieux privilégié par rapport à l’avancement à l’ancienneté. Mais que dira-t-on à l’enseignant montré du doigt par sa hiérarchie et ses élèves ? Coupera-t-on les crédits de l’université dont les étudiants ne trouveront pas d’emploi et dont les chercheurs n’auront pas trouvé ou seulement obtenu la reconnaissance internationale ?

La concurrence est vivement encouragée, entre enseignement public et privé.
Bref, il ne suffirait plus de réclamer de l’argent. Il faudrait le justifier. « Donnant-donnant » comme le recommandait Ségolène Royal. Comment le « dialogue social » a-t-il pu dégringoler à ce niveau, où il suffirait de réclamer des sous, sans rendre compte, et penser que tout va s’arranger, comme par miracle ?

Pour moins que ça, les enseignants seraient déjà dans la rue. Ils le sont d’ailleurs, mais minoritaires. Ce que je comprends, c’est leur détresse face à la dégradation des comportements d’un nombre croissant d’élèves, que les parents n’élèvent plus.   

Juste un regard sur le passé qui, on l’oublie trop souvent, prépare et préfigure l’avenir. Les présidents Mitterand et Sarkozy se retrouvent dans ce débat actuel. Tous deux ont eu l’intelligence de faire appel à Jacques Attali. Mais ils l’ont fait  en tenant compte des qualités propres du personnage – un inspirateur de l’ombre – favorisant et « surfant » ainsi sur une de ses qualités : l’indépendance d’esprit.

Certains disent à l’homme de gauche qu’il promeut des idées de droite. Mais pourquoi décliner, sur une grille de lecture partisane, des idées, dont on voit bien qu’elles ont surtout le mérite de répondre aux défis d’aujourd’hui, sans vérifier si les réponses ont l’aval des chefs de parti et de leur électorat.

J’ai un souvenir roboratif d’un article signé, dans « Le Monde », d’un membre du parti communiste qui exhortait les deux candidats à l’élection présidentielle : en substance, « cessez de vous mettre à la remorque de l’opinion publique, placez-vous devant pour l’entraîner ! »

Cela dit, « il y a loin de la coupe aux lèvres », du projet à la mise en œuvre. Le président de la République avait dit à Jacques Attali, « Ce que vous déciderez, nous le ferons ! ». Il est là confronté à un défi plus difficile encore à relever que presque tous ceux qu’il a tenté de mettre en œuvre, en sept mois.

Esquisserais-je un seul vœu ? Que la première des propositions, réduire significativement le nombre des élèves de l’école primaire – 20% – qui arrivent en 6ème, sans savoir lire, écrire et compter couramment (je ne parle même pas de ce que Jacques Attali a ajouté, pour les années qui suivent, maîtriser l’anglais, l’informatique) ! Quelle révolution des esprits et des pratiques, mais aussi des mœurs (le respect de l’autre et pour parler clairement contre la pensée unique, la discipline et la récompense du mérite) parviendra – je dis seulement à réduire de moitié – ce chiffre honteux pour notre pays qui, en 1914, n’avait que 17% d’illétrés !

Aux foules qui réclament de l’argent et du pouvoir d’achat, il faut avoir le courage de répondre, quand les caisses sont vides, que ce sera en contrepartie d’efforts supplémentaires ! Il faut aussi donner plus à ceux qui ont moins et par exemple, me semble-t-il, réduire le nombre d’élèves, non pas dans toutes les écoles, mais dans les quartiers défavorisés en échange d’une augmentation du nombre, chez ceux qui sont plus favorisés.Jacques Attali a bien eu conscience du caractère exigeant et à contre-courant de ses propositions. Il a cru bon d’ajouter que ses réformes n’auraient de sens et de chance de se réaliser que si elles amélioraient le sort des plus faibles. Mais le temps de l’assistance, du traitement social du chômage, de la réduction du temps de travail, de la retraite à 60 ans, de la multiplication des échelons administratifs et des fonctionnaires n’est plus de saison. Sinon, n’en doutons pas, le pouvoir d’achat, non seulement n’augmentera plus, mais il baissera. Cela a déjà commencé !





2 commentaires pour “La commission Attali : la rupture au galop!”
  1. lula dit :

    Et bien mon cher, au mérite, vous n’auriez pas droit à grand chose, car parler d’illétrés avec un seul « t » ne mérite même pas l’entrée au collège ! Et surtout ne me dites pas que c’est une « fôte » de frappe (puisque je lis é et non e) .
    Mais vos statistiques doivent être justes car effectivement ma petite maman qui a tout juste le certif, comme on disait, n’aurait certes pas fait cette faute grossière.

  2. Olivier dit :

    Merci Lula, heureusement que tu es là!



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