26
Fév
11

Le salon de l’agriculture





Hier soir, je suis allé au salon de l’agriculture. Je ne suis pas candidat en 2012 mais j’ai eu envie d’aller voir de plus près ce qui s’y passait. Je crois que j’y suis déjà allé il y a une bonne vingtaine d’années mais c’est très loin.

Alors le salon de l’agriculture, c’est énorme. Il y a du monde, beaucoup de monde! On devrait plutôt appeler cela : le salon de la fête. Car ce salon, c’est la fête! Certes il y a bien quelques animaux mais il y a surtout beaucoup de stands où l’alcool coule à flots. Beaucoup de jeunes ne s’y sont pas trompés et en profitent pour se saouler à moindre frais.

Bref, il y a une espèce d’ambiance bruyamment sympathique qui n’est pas désagréable. Je suis en revanche beaucoup plus mesuré sur les conditions de stockage des animaux. Si les cochons ont une place confortable, les vâches sont vraiment parquées et les poulets s’entassent. Je ne suis pas un militant écolo mais je ne trouve pas cela très correct de traiter les animaux ainsi. Cela doit déjà être une expérience très stressante pour eux de voir autant de monde alors en plus les entasser comme ça, c’est un peu too much. Il serait pourtant simple d’en mettre un peu moins et du coup de leur donner plus d’espace. Je ne vois pas bien l’intérêt pour le visiteur de voir une cage de 1 m² avec 25 poulets dedans…

Sinon, je suis toujours étonné de voir comme les politiques se bousculent chaque année pour fouler les années de ce salon comme si l’agriculture était un peu le phare qui montrait la direction dont il fallait se rapprocher. Au fond, lorsque l’on voit comment les choses se passent depuis 10-15 ans pour les agricultures, ces visites des politiques me font surtout penser à celles que l’on fait de temps en temps sur les tombes des êtres chers trop vites disparus. A chaque fois, il y a une certaine émotion, on repense aux bons souvenirs du passé, on se promet de revenir plus souvent et une fois la porte du cimetière franchie, on repart dans le train train de la réalité comme si tout était oublié et enfoui dans le passé. Et bien, c’est un peu cela la relation du politique avec le monde agricole. Chaque année, ils viennent au cimetière, ils font plein de promesses émues et sincères puis une fois la visite terminée, on repart pour une année de galère. Je ne jette pas la pierre aux politiques, je pense qu’ils font face à un mouvement de fond impossible à arrêter.

Pourtant, je crois qu’il existe pas mal de solutions pour redynamiser notre agriculture, tout comme notre industrie. La première évidente, ce sont les taxes. Il faut taxer de manière beaucoup plus importante les produits venant de pays où la réglementation sociale et écologique est plus laxiste qu’en France afin de rééquilibrer les prix. En France, il y a énormément de normes et de taxes qui pèsent lourdement sur l’agriculture locale par rapport aux autres pays. La solution est de taxer les importations irresponsables, celles qui viennent de pays où aucune règlementation ne vient réguler la production créant ainsi une concurrence déloyale.

Ensuite, il faut des circuits de distribution plus courts. Il y a un vrai business à prendre là dessus. Il faudrait que les agriculteurs créent des coopératives pour distribuer directement leurs produits aux particuliers. Avec Internet, rien de plus de simple! Le problème, c’est que les agriculteurs ne sont pas des commerçants alors il faut que des personnes se mettent sur ce créneau pour les aider.

Et puis, il faut enfin que les français se demandent ce qu’ils veulent. Est ce qu’ils veulent payer leurs produits toujours moins chers quite à créer toujours plus de chômage? Où est ce qu’ils sont prêts à faire des achats citoyens pour préserver le peu d’agriculture et d’industrie qui restent en France? C’est bien de vouloir payer toujours moins cher mais un moment, il n’y a pas de secret, si l’on paye moins cher, c’est parce qu’en bout de chaîne, il y a quelqu’un qui est très mal payé ou qui n’a pas les mêmes contraintes qu’en France. Est ce que l’on veut entretenir ce système ou est ce que l’on veut rééquilibrer les choses? Je ne dis pas qu’il faut fermer le robinet des importations et mettre au chômage les habitants des pays en voie de développement. Je dis que nous en sommes arrivés à un stade où c’est un devoir citoyen que d’acheter des produits fabriqués en France. Si on ne le fait pas, qui le fera? Où est la logique de faire venir des produits alimentaires d’Amérique du Sud pour les retrouver au même prix que des produits français dans les rayons (c’est juste que les intermédiaires ont une marge plus forte)?

En tant que consommateur, nous avons un choix militant à faire, tout aussi important que celui que nous faisons dans les urnes. Consommer des produits fabriqués en France et en Europe, c’est un geste positif pour l’environnement mais aussi pour nos emplois et donc l’équilibre de nos finances publiques.





3 commentaires pour “Le salon de l’agriculture”
  1. Rebecca dit :

    Je souscris à tes propos. La consommation doit être citoyenne: relation directe au producteur, qualité. Les AMAP sont encore trop anecdotiques même si elles se développent un peu partout…

  2. Medorius dit :

    Un de tes meilleurs articles!
    Je souscris moi aussi. Une solution est effectivement de raccourcir la chaine commerciale.Tu devrais écrire à Bruno LE MAIRE qui, dans la discrétion, fait un bon parcours au ministère de l’agriculture et a étonnamment vite regagné la confiance des agriculteurs.
    Et puis, les produits français sont excellents, quand on les consomme sur place!

  3. Olivier dit :

    Le problème avec Bruno Le Maire, c’est qu’il ne connaît visiblement pas grand chose au milieu agricole… L’autre jour, il s’est lamentablement planté sur toutes les questions posées sur Canal + :
    http://www.youtube.com/watch?v=Xp-l_ai–Ko



L'autre monde | Thème liquide par Olivier