15
Mai
08

Les français et la langue anglaise





Je passe la parole à Balthazar Bouamoullet pour une note sur la pratique de l’anglais en France.

J’ai été vraiment surpris, en visionnant l’enregistrement vidéo de l’intervention de notre premier ministre, François Fillon, aux Etats-Unis, il y a peu. On ne peut pas lui en vouloir qu’il s’appuie sur un texte écrit. Mais la prononciation, l’accent, la mélodie de la phrase témoignent d’une connaissance et d’une pratique pour le moins limitées de la langue anglaise.

Sur ce point, il est au niveau du président de la République, c’est-à-dire à un niveau affligeant, qui interdit une conversation efficace en anglais, pour nos deux principaux responsables. Pourtant, ils ont à peine plus de 50 ans et, compte tenu de leur carrière politique, on aurait pu penser qu’au contraire de la génération précédente, ils étaient « fluent ».
 
En effet, parmi les précédents présidents de la République et premiers ministres, on n’en relève que trois qui parlaient et entendaient couramment l’anglais : Valéry Giscard d’Estaing et Alain Juppé et Dominique de Villepin, peut-être aussi, mais je ne l’ai pas vérifié, Laurent Fabius, ce qui fait quand même peu.

Jeune étudiant en stage – un stagiaire est toujours jeune, entre 20 et 30 ans -, j’ai le souvenir quelque peu cuisant d’une réflexion qui m’avait été faite à ce sujet. Nous recevions, un américain. Le patron m’avait demandé de présenter, à cet américain, un de nos projets. J’esquissai une demande timide, qui reflétait ma pratique encore hésitante de l’anglais (je me suis rattrapé depuis) : « En anglais ? » La réponse fusa, dans un haut-le-corps : « Vous êtes infirme? »

Je trouve cette constatation navrante, à bien des égards. Elle reflète la pratique notoirement insuffisante de la langue anglaise par les Français. Elle est une limite, que j’ai moi-même connue, à la confrontation courante d’étrangers qui ne parlent plus guère le français mais pratiquent de mieux en mieux la langue anglaise. Et ceci dans de nombreux domaines : les échanges commerciaux, industriels, les congrès scientifiques, l’accueil des touristes ou l’accès à ces rencontres avec des étrangers, en France ou ailleurs, qui pourraient se transformer en échanges réguliers, voire en amitié.

Ne faut-il pas aussi voir dans cette « infirmité », une des causes de l’intérêt pour le moins limité des Français pour l’aventure européenne ou la politique extérieure et, peut-être par voie de conséquence – la méconnaissance étant source de crainte donc de réticence – dans ce regrettable NON au référendum sur la constitution européenne ?

N’est-il pas impératif de sensibiliser les Français et, tout particulièrement, les professionnels et, mieux encore, en amont, les étudiants et les élèves, à l’interêt croissant de maîtriser la langue anglaise ? Cela justifie la mise en place d’un enseignement tourné vers la pratique et l’oral dans l’enseignement secondaire, voire à la fin de l’enseignement primaire. Il suffit pour cela d’imiter les peuples européens, dont la langue n’est guère pratiquée en-dehors de chez eux, comme les Finlandais ou les Néerlandais. Il suffit de participer à des réunions internationales pour observer les Français, nettement en retrait dans la pratique de la langue anglaise, par rapport aux représentants de ces deux pays, mais aussi des Allemands, des Espagnols ou des Italiens.





5 commentaires pour “Les français et la langue anglaise”
  1. Gilles dit :

    Tu as déjà entendu des lycéens espagnols parler anglais ? Rouler les R c’est sympa mais heu…
    Sinon, tu as déjà entendu un Indien (d’Inde) parler anglais ? Ou même Yasser Arafat ? 😀 Même ma mère le comprenait alors qu’elle n’a fait que très peu d’anglais.
    Faut pas non plus se focaliser là-dessus.
    Perso je lis l’anglais couramment mais je ne le parle pas. Et je ne suis pas « infirme » pour autant 🙂
    Faudarit renforcer l’anglais soit dans les écoles/universités préparant à l’international (commerce par exemple) soit dans les entreprises tournées vers l’international.
    Exemple : mon père, cadre dans une filière française d’une grosse banque allemande, a été faire plusieurs stages en Irelande et en Angleterre. Très profitable 🙂

  2. Olivier dit :

    Les indiens sont assez incompréhensibles, c’est vrai…

    La pratique est le meilleur moyen de s’améliorer. Il est cependant dommage que les cours à l’école soient d’un si faible niveau. J’ai vraiment commencé à bien parler anglais le jour où j’ai commencé à travailler. Aujourd’hui, ne pas parler anglais ferme les portes d’un très grand nombre de postes à partir d’un certain niveau…

  3. Olivier dit :

    Personnellement, mon niveau d’anglais n’a véritablement progressé que quand j’ai pratiqué en dehors des cours, en lisant des livres en anglais, et surtout, en regardant des séries américaines en VO (avec sous titres quand même 🙂 ), et sérieusement, on accumule du vocabulaire, des formulations, et, alors qu’il y a 2-3 ans, je ne comprenais rien quand un anglais/américain parlait, maintenant j’arrive à converser en anglais !
    J’ai également 17 de moyenne en terminale, enfin c’est comparé au niveau de la classe, qui est extrêmement bas …

    Je travaille cet été en tant qu’animateur dans une colo en immersion linguistiques pour les enfants, et j’imagine les difficulés pour l’organisme de trouver des animateurs parlant un minimum l’anglais …
    Je pense que je vais être le plus jeune !

  4. Gilles dit :

    Perso, PARLER anglais ne m’intéresse pas.
    D’un autre côté, les Anglais ne m’intéresse pas.
    Et les Américains, moyennement alors… 😉

  5. Olivier dit :

    Gilles, tu es un peu sectaire parfois 😉
    Y a une époque où pour jouer à certains jeux vidéos, c’était bien pratique de comprendre l’anglais. Je me souviens par exemple d’indiana jones et la dernière croisade sur PC 386 😉



L'autre monde | Thème liquide par Olivier