16
Sep
05

L’homéopathie face à la médecine





Cette note est publiée par Jean-Luc, invité de ce blog, suite à un courrier des lecteurs paru dans le journal « Le Monde ».

Médecine : connaissances techniques au détriment de l’humain?

La réflexion de Marie-José Chavenon (courrier des lecteurs du 1er septembre 2005) m’a interpellé. L’homéopathie détiendrait-elle ce privilège de «l’humain», la médecine dite classique étant, par opposition, inhumaine? Madame Chavenon rapporte la récente étude du journal The Lancet, qui conclut à l’absence de supériorité de l’homéopathie, par rapport au placebo.

Pourtant, Madame Chavenon plaide pour le médecin homéopathe, le décrivant comme un psychothérapeute, qui s’abstient de prescrire des examens inutiles et des médicaments dangereux. Au-delà des études scientifiques récentes, évoquées ci-dessus, il faut «juger l’arbre à ses fruits», comparant donc les «états de services» de l’homéopathie et de la médecine dite tantôt classique, tantôt moderne. On n’a jamais établi qu’une affection quelconque ait été éradiquée ou, à tout le moins, nettement améliorée, par l’homéopathie. En revanche, depuis Jenner et Pasteur, la médecine moderne peut se targuer d’avoir, par les vaccinations, les antibiotiques, les chimiothérapies, la chirurgie, fait régresser la variole, le tétanos, la diphtérie, la poliomyélite, la tuberculose et guéri de nombreux cancers. Ces progrès ont été rendus possibles par l’incontournable expérimentation recommandée, dès la fin du XIXème siècle, par Pasteur. Malheureusement, les expérimentations, lorsqu’elles ont été conduites, la plupart du temps par d’autres que les homéopathes, ceux-ci marquant une visible réticence à cette démarche, et conduites suivant les règles scientifiques, ont régulièrement conclu à l’absence de supériorité de l’homéopathie sur le placebo.

Serait-ce précisément parce que leurs petites granules n’ont pas d’efficacité démontrée, que les homéopathes s’improvisent en psychothérapeutes ? Démarche de plus en plus recherchée par des patients en mal-être mais aussi par de nombreux psychothérapeutes autoproclamés, sans formation universitaire, comme l’a montré le récent débat sur l’évaluation des psychothérapies, stigmatisé par les psychologues non diplômés.

L’homéopathie et, au-delà, les médecines dites «douces», «alternatives», auraient-elles le privilège de «l’humain»? C’est faire injure à ces médecins, qui ont effectivement passé huit à dix années de formation, dont maintenant deux à trois années d’internat dans les hôpitaux et les cabinets de généralistes et qui assument la grande majorité des demandes des patients. Ces médecins, qui prennent en charge les maladies graves, dont se détournent avec prudence les homéopathes, assument aussi, beaucoup plus que les homéopathes, les soins palliatifs, la détresse du mourant, de l’enfant handicapé, du déprimé ou du malade psychiatrique. Ils les assument dans des conditions de plus en plus difficiles, du fait de l’accroissement de la demande et du nombre insuffisant de médecins et d’infirmières.

Cela dit, le billet de Madame Chavenon soulève un vrai problème, finement analysé par Frédéric Dubas, dans son livre récemment paru : «La médecine et la question du sujet». Les progrès technologiques, diagnostiques et thérapeutiques, déferlent de manière accélérée. Leur connaissance et leur maîtrise, qui doit être constamment renouvelée par les médecins, mobilise, il est vrai, par leur efficacité même, l’essentiel de l’attention et du temps de la plupart des médecins. Il est vrai aussi que, dans les conditions de pénurie évoquées, la disponibilité à la souffrance morale, à la détresse psychologique, aux plaintes mentales et non seulement physiques, va se réduisant.

La double fonction du médecin – technologique et, si tant est qu’on puisse opposer les deux termes, d’écoute et de prise en charge d’un homme – doit être assumée. Il est nuisible et ridicule d’opposer un médecin humain et négligent des avancées technologiques au médecin technicien et inhumain. «Science sans conscience n’est que ruine de l’âme», mais conscience sans science du médecin est catastrophique pour le patient. On ne parle pas souvent de ces patients traités par l’homéopathie et «récupérés» par des médecins classiques, à un stade évolué, parce que négligé, de leur maladie.

Jean-Luc, médecin





4 commentaires pour “L’homéopathie face à la médecine”
  1. Phil2B dit :

    toujours le meme discours. la veritable question est celle de l’efficacite therapeutique. et la verite est que la « medecine classique » n’est pas vraiment utile pour les pathologies « communes » (digestion, constipation, problemes de peau, respiratoires etc.). elle ne sait que :

    – soit operer
    – soit supprimer le symptome.

    bof, pas tres impressionant. il vaudrait mieux une medecine qui aide a guerir veritablement…

    (cela dit je ne pense pas quee l’homeopathie soit bcp mieux placee)

  2. Draky dit :

    Depuis des miliers d’années que la « médecine » existe et tu la remets en doute ? Donc tu ne dois pas coûter cher à la Sécu 🙂
    Ni aller dans un hopital, en espérant que tu n’ai jamais à te faire opérer…

  3. Phil2B dit :

    la medecine « classique » (ou allopathique) n’existe a mon avis que depuis une grosse centaine d’annees.

    maintenant il est evident que les medecines traditionnelles sont bcp plus anciennes (plusieurs milliers d’annees). elles sont a mon sens plus « fiables » (les connaissances ont pu etre validee depuis…) mais la difficulte ajh est de trouver qqn qui les maitrisent encore…

  4. Docdodo dit :

    J’espère que je ne vais pas me mettre les deux « camps »à dos si je suggère que l’explication au malentendu qui oppose la « vraie » médecine qui ne guéris pas les faux malades (vertiges, céphalées, constipations…), et la « pseudo » médecine qui semble donner de meilleurs résultats, tout du moins en cela qu’elle n’est pas dangereuse, résulte de la méconnaissance des troubles du sommeil parmi les thérapeutes et le grand public.
    Si? 🙂



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