26
Oct
08

Olivier chez les impalas





Cette nuit, nous avions le droit à une heure de sommeil en plus. Mon cerveau n’en a pas vraiment profité pour s’éteindre quelques heures. Il m’a donc entraîné dans un long rêve que je vais vous raconter ici puisqu’il m’en reste un certain nombre d’éléments très précis.

Lors d’un voyage, je faisais une étape dans une petite île non identifiée à l’est de l’Afrique du Sud. Après un atterrissage de nuit sur un aéroport de brousse, je récupère mes bagages puis me dirige vers un taxi qui doit n’emmener à mon hôtel. Nous nous enfonçons alors dans la nuit profonde sur une piste ravinée par la pluie, ça secoue pas mal. Au bout d’un quart d’heure, nous arrivons devant une petite cahute faiblement éclairée. Le taxi s’arrête et me dit : « c’est là, bon séjour! ». Je descends, le veilleur de nuit m’indique qu’il va me conduire à ma chambre.

Le veilleur est un petit homme mince. Il ne lui reste plus beaucoup de dents mais il a malgré tout un sourire rassurant. Je le suis donc et m’enfonce derrière sa cahute dans la jungle en direction de ma chambre. En fait, de chambre, il s’agit plutôt d’une grosse case dans la forêt. Les murs sont faits en rondins, il y a de larges ouvertures faisant office de fenêtres. Il allume la lumière et me dit : « voilà, c’est ici patron, surtout, ne sortez pas la nuit, il y a des animaux qui se baladent, vous pourriez faire de mauvaises rencontres, passez une bonne nuit patron ».

Je rentre, je referme la porte à clé derrière moi. Il y a un gros matelas sur le sol, je suis lessivé de ce voyage, je m’allonge espérant trouver le sommeil. Il est déjà tard, ou plutôt tôt, tout dépend comment on voit les choses. Les premières lueurs du jour ne tardent pas à éclairer la chambre. J’entends un espère de marmonnement se rapprocher. J’ai du mal à distinguer si c’est la voix d’un homme ou l’expression d’un animal. Je me lève doucement pour regarder par l’ouverture dans le mur. Je vois alors à une trentaine de mètres dans la brume un type avec une coiffe de plumes sur la tête, de la peinture sur le visage et le torse, des feuilles autour de la taille et une longue lance à la main qui courre à côté d’un animal qui ressemble à un léopard. Curieusement, le léopard semble lui obéir. Je suis à la fois stupéfait et pas très rassuré. Ce chasseur matinal ne voit pas que je l’observe, il passe en haranguant son léopard, je ne comprends rien bien entendu mais je perçois à son ton agressif qu’il est assez occupé et concerné par ce qu’il est en train de faire. Je vois les deux silhouettes s’enfoncer dans la jungle et disparaître au loin.

Je me rends alors compte que je n’ai rien mangé depuis la veille et je commence à avoir très faim. Je fais le tour de la case et je découvre un petit coin avec six mini-bars (oui bien six, pas un). Il est écrit au dessus des mini-bars en anglais : attention, ne mangez pas tout le premier jour car le ravitaillement n’est pas assuré dans certains cas. Je comprends alors pourquoi il y en a six. J’ouvre fébrilement le mini-bar en me demandant ce que je vais bien pouvoir y trouver.

Et là, croisement du rêve avec la réalité, je trouve un pain de hamburger avec des tranches de salami. Il faut dire qu’en faisant mes courses ce jour là, j’avais acheté du salami au supermarché et comme par hasard, le salami se retrouve dans le rêve. Je me dis, chouette, je vais tester ce salami. Je le dévore rapidement puis cherche la salle de bains. Il n’y en a pas. Je me souviens alors que le veilleur de nuit m’avait dit qu’il y avait un lavabo à l’extérieur mais qu’il ne fallait l’utiliser que le jour pour éviter d’attirer les bêtes la nuit.

Comme il ne fait pas encore bien jour, je me recouche. Je me réveille quelques heures plus tard, il est midi. Un grand soleil éclaire la chambre. Je sors et rencontre alors la personne que j’étais venu voir dans cette île paumée. Elle me propose d’aller faire le tour de l’île à pieds, il y en a pour une grosse heure. Mon avion n’est qu’à 17h donc j’ai le temps.

Nous partons alors ensemble. Nous revoilà sur la piste défoncée de la veille. On croise quelques paysans locaux édentés, je me dis qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de dentistes dans la région. Mon accompagnateur m’indique qu’ils ont de gros problèmes de dentition car ils passent leur temps à mâcher des bouts de bois et ça leur esquinte la dentition.

Nous marchons tranquillement et brusquement, on entend des sifflets à une intersection. Une grosse vache avance doucement sur le chemin avec derrière un petit homme qui siffle. En arrivant à notre hauteur, l’homme nous regarde en rigolant et dit : « c’est bien, vous vous êtes arrêtés, il faut toujours laisser passer la vache devant, c’est sacré! ». Je suis un peu étonné de cette coutume. Puis il continue : « la semaine dernière, un gamin saoul est passé devant une vache, il a été fouetté en place publique hier devant les habitants du village pour conjurer le mauvais sort. Je le sais car c’est moi qui ait préparé le fouet, un bout de jonc avec des bords bien taillés pour faire mal, ah ah ah ah ». Ce petit homme semble un peu dérangé. Nous le saluons et continuons notre route. Le soleil tappe très fortement, j’ai chaud. Mon hôte m’indique qu’il ne reste plus beaucoup de route. Nous n’avons visiblement pas la même appréciation de la distance. Je vois l’heure tourner, je sais qu’il n’y a pas beaucoup d’avions et que si je le rate, je vais rester coincé là quelques jours dans ce trou perdu.

Nous arrivons alors sur ce que l’on appelle « la plaine des impalas », la jungle cesse brusquement d’être luxuriante, laissant place à une grande étendue où l’homme ne semble pas avoir encore imposé sa loi à la nature. Je découvre médusé la vision incroyable d’impalas faisant des bonds. Il y en a des centaines, peut être plus. Ils ne font pas attention à notre présence et bondissent les uns à côtés des autres dans une grande danse imprécise sans autre but que celui de faire des bonds.

Nous passons à côté de cette plaine et nous enfonçons de nouveau dans la jungle profonde. Je commence à en avoir marre de marcher et je vois l’heure tourner, je n’aime pas cela. Je demande s’il n’y a pas un taxi ou un truc dans le genre qui pourrait nous faire avancer plus vite. Il me répond alors avec un sourire en coin : « et je l’appelle comment le taxi? tu crois qu’il y a des relais GSM ici? ah ah ah ah ». On continue, je piétine dans la boue de cette piste dont je ne vois pas le bout. C’est le bout de la nuit…

Voilà, en traversant ce rêve cette nuit, je me suis dit que j’allais essayer de le retracer ici. Il est très probable que j’ai enrobé certains passages. Néanmoins, en le relisant, il me semble très proche de ce que j’ai vécu cette nuit, intéressant non?







L'autre monde | Thème liquide par Olivier