Une nouvelle fois, de nombreux usagers des transports en commun en France ont eu à souffrir d’une grève de quelques syndicalistes irréductibles de la SNCF. La grève qui a touché le pays ce jeudi a été suivie par 25 à 30% des cheminots suivant les sources. C’est quand même la troisième grève du genre depuis le début de l’année 2005. Les revendications sont les suivantes : revalorisation salariale de plus de 1% (le 1% étant garanti mais il n’est pas suffisant), dénonciation du plan « fret », lutte contre les suppressions d’emplois et lutte contre la mise en place du service garanti les jours de grève.
Etudions ces différentes revendications de plus près. Je trouve scandaleux que les cheminots exigent une revalorisation salariale de plus de 1%. Ils devraient déjà s’estimer heureux d’avoir 1% garanti. Et bien non, cela ne leur suffit pas, il leur en faut toujours plus. Bien entendu, aucune contre partie, aucun objectif de résultat pour ces braves gens, non, il faut une augmentation importante et c’est tout. Dans mon entreprise, les augmentations ne se font que lorsque la société gagne de l’argent et que lorsque l’employé donne pleine satisfaction et dépasse ses objectifs. La SNCF perd de l’argent depuis des années, est sans arrêt sous perfusion de l’Etat qui renfloue ses caisses. Les grèves sont régulières et souvent infondées et il faudrait en plus leur donner des augmentations. Je dis non, il y en a marre, le contribuable n’est pas une vâche à lait, il faut cesser d’augmenter des cheminots qui ne travaillent déjà pas 35h. Il faut plutôt augmenter ceux qui se tuent à la tâche, ont des emplois pénibles et aucune assurance du lendemain.
Bien entendu, il faudrait imposer une service minimum garanti aux cheminots. Je vois bien dans ma boîte les gens dire certains jours : « bon aujourd’hui, on ne bosse pas, peu importe si les clients sont en rade, ils se débrouillent, cela mettrait un sacré bordel ». Les cheminots ont des devoirs avant d’avoir des droits. Ils ont le devoir de rendre un service public de qualité. Le contribuable paye pour cela et il paye très cher chaque année (plusieurs centaines d’euros sur chaque feuille d’impôt sur le revenu vont directement à la SNCF). J’en ai assez de voir des gens en rade sur les quais parce qu’ils ne peuvent pas monter dans le train, j’en ai assez d’entendre des gens dire qu’ils ont du prendre des jours de congés forcés parce qu’ils n’ont pas pu se rendre à leur travail un jour de grève, tout cela est scandaleux.
Ce que j’aime aussi à la SCNF, c’est la grève préventive. L’idée est la suivante : « on fait grève parce que l’on sent qu’il y a quelque chose de pas très bon pour nous qui se prépare, on sait pas quand, ni comment mais il y a des rumeurs« . C’est tout à fait ce qui se passe avec les suppressions d’emploi. Je n’ai jamais entendu parler de plan social à la SNCF, rien de tel n’est prévu à l’avenir. Au pire, certains départs à la retraite ne sont pas remplacés. Il faudrait que les cheminots reviennent sur Terre, le fait d’ajuster les effectifs dans une société est quelque chose de courant et légitime. Pourquoi une boîte emploierait 500.000 personnes si elle n’a besoin que de 200.000 personnes. La SNCF n’est pas l’armée du salut, elle n’a pas vocation à fournir un emploi à des personnes qui ne pourraient rien faire d’autre. La SNCF n’est pas une maison de retraite ou un club de vacances mais une entreprise commerciale ayant pour but de satisfaire ses clients par un service de qualité.
Il y a aussi la grève solidaire. L’idée c’est : « je fais grève parce que certains camarades dans d’autres secteurs d’activité sont menacés ». Ils ont trouvé le moyen de mettre en oeuvre ce processus lors du débat sur la réforme des régimes de retraire. Ils n’étaient pas concernés puisque leur régime n’était pas en cause mais ils ont quand même fait grève, par solidarité, c’est pas beau ça? C’étaient presque les seuls à faire grève d’ailleurs… Pendant ce temps là, les autres travaillent. Et oui, il faut bien payer les retraites des cheminots, elles coûtent bien cher vu qu’ils partent très tôt à la retraite.
Tout cela m’écoeure. Quand je pense aux pompiers, aux médecins et aux infirmiers qui bossent autant que deux ou trois employés de la SNCF dans des conditions bien plus précaïres pour un salaire bien inférieur avec des qualifications souvent largement supérieures, je me dis que la justice sociale est un concept bien particulier en France.
En fait, tout ceci reflète un certain égoïsme d’une partie des fonctionnaires (loin de moi l’idée de vouloir généraliser). Cela reflète aussi quelque chose d’humain et de plus profond qui veut que lorsqu’on est habitué à une situation, aussi incroyable et délirante soit t’elle par rapport au reste de la société, on veut tout faire pour la conserver même si c’est surréaliste. On en veut toujours plus et on en donne toujours moins. Peu importe que l’autre travaille comme un dingue, qu’il y ait des chômeurs, que la crise économique perdure, moi j’ai mes avantages, ils ont été obtenu de longue date par mes camarades, je me dois de les défendre même s’ils ne sont plus légitimes. Je comprends cette attitude à défaut de la soutenir ou de l’apprécier. Je pense que lorsque l’on a toujours été habitué à peu travailler, à bénéficier d’avantages incroyables, il est impensable de s’en détacher. Cependant, la réalité de notre société est là, dure et quotidienne et il y a fort à croire que si l’on ne change pas un peu l’équilibre aujourd’hui, il sera bien plus douloureux de le faire demain car l’ajustement sera brutal et plus important. Maintenant, c’est une question de responsabilité civile et civique. Quels mondes voulez vous pour vos enfants demains? Quelle France souhaitez vous? La question est posée.
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