1
Déc
09

Philosophie des combats politiques…





Je passe la parole à Médorius pour une revue des débats politiques de la semaine passée.

La fin de semaine nous a offert deux échanges politiques. Celui de Martine Aubry et de Jean-François Copé, tout d’abord, sous la houlette, médiocre et maladroite comme à l’habitude, d’Arlette Chabot.

Je reste frappé par l’attitude vindicative de la secrétaire du PS. Certes, j’estime sa fermeté et son aptitude au commandement: ça nous change de cette hégérie souriante et flottante qu’est Ségolène. Malheureusement l’humour et le respect de l’autre ne sont pas son fort.

Mais parlons des idées, puisqu’elle nous le recommande à juste titre: mais que valent les idées sans leur incarnation dans la conviction et l’élan d’une femme ou d’un homme, capables d’entraîner un groupe ou un peuple?

Voilà plus d’une décennie que le PS nous annonce un programme. Une fois de plus, je suis resté sur ma faim.

Nous avons eu droit à l’attaque en règle de Nicolas SARKOZY: je reconnais qu’à force de se mettre en avant sur tous les sujets, de réagir au quart de tour à tous les événements, notre président a fait, à mon sens, un certain nombre de bévues: quelle maladresse que cette amalgame de l’identité nationale et de l’immigration. Il aura beau nous dire qu’on l’a mal compris, celà a été mal ressenti par certains, ce qui n’est pas étonnant! J’avais un instant espéré qu’il allait tenir compte de ce fameux « ressenti » de l’autre, quand il a reconnu qu’il avait eu tort de laisser – ou de pousser, – son fils se présenter à la présidence de l’assemblée de la Défense. Peine perdue! Le naturel revient au galop. Dans le même jus, la nième attaque du paquet fiscal, sur lequel son interlocuteur n’a pas eu le temps de s’exprimer. Ce « paquet fiscal », qui pouvait être crédible en période de baisse du chômage, l’essentiel étant la détaxation des heures supplémentaires…travailler plus pour gagner plus… devient un épouvantail en temps de crise.

Lorsque Martine en est venue à ses propres propositions, on a cru entendre Marie-Georges Buffet – les hommes et les femmes… – Mais l’exorde, débitée à la mitraillette, ressemblait à une rengaine peu crédible, car reposant sur une idéologie et la quasi-absence d’argumentation. J’attendais plus d’une ancienne ministre qui ne manque pas de talent.

M.AUBRY s’oppose aux privatisations qu’a pourtant réalisées le gouvernement Jospin, dont elle faisait partie, à un moment où la croissance américaine tirait la croissance française, ce qui a permis de faire passer les 35 heures qui, quoiqu’on en dise, ont été peu remises en question, si l’on en juge par le temps de travail moyen des français, très inférieur à celui de la plupart des pays comparables.

Elle ne veut rien changer aux services publics: j’aimerais bien savoir ce qu’ils nous coûtent réellement:mais motus! « L’autre monde » a bien fait de dévoiler le rapport de la Cour des Comptes sur la RATP. J’ai aussi le souvenir des 150 milliards de francs de « recapitalisation  » de la SNCF, après les grèves de 1985!

Donc, elle s’oppose: ça, on le savait. Il ne faut pas attendre de cette dirigeante un soupçon de consensus national, sinon si la nation épouse ses idées! L’opposition n’est-elle faite que pour détruire ce que fait le gouvernement. Quel mot lourd de sens! 

Viennent maintenant les propositions: la relance de l’économie et de l’industrie. Fort bien, mais comment? Chasse aux patrons voyous: il en existe, mais le sont-ils tous? Pas de délocalisation, relance du pouvoir d’achat, donc des salaires, garder la taxe professionnelle. Il faudra m’expliquer, ce qu’elle n’a pas fait, comment ces pénalisations supplémentaires vont faire retrouver les marchés à l’exportation que les entreprises perdent jour après jour, du fait du temps de travail insuffisant et des taxes accumulées.

Capitalisme et mondialisation: catastrophe! C’est vrai qu’ils ont été à la source d’abus graves. Mais comment fait-on? Comment les réformer? Là, c’est le flou.

L’éducation: elle tape sur le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Mais quel est son programme pour éviter la déroute de l’éducation nationale, qui date des périodes où l’on pensait qu’on résoudrait le problème de l’illettrisme en augmentant le nombre des enseignants? Comment accepter que 20% des élèves ne savent pas lire et écrire en entrant en sixième? Luc Ferry avait malheureusement montré, dans son livre que bien peu ont lu  – et que certains enseignants ont brûlé, quelle honte! – la dégradation, au cours des décennies passées, de la formation élémentaire: lire, écrire et compter.

Tout celà n’incite guère à ramner le PS au pouvoir. J’aimerais bien entendre, par contre, D. Strauss-Kahn, que les sondages mettent au premier rang. Il a bien raison d’attendre.

J’ai préféré l’échange, ce matin, entre Luc Ferry et Philippe Torreton. Ce dernier avait son regard noir: il paraissait prêt à en découdre. Luc Ferry lui a coupé l’herbe sous le pied, non seulement par sa courtoisie souriante, mais en acquiesçant sur des points de détail, la lettre de Guy Mocquet, le discours de Malraux, le débat sur l’dentité.

Il a placé la remarque la plus pertinente: quand son interlocuteur plaidait pout l’art à l’école – ce que l’ancien ministre ne contestait pas – il a mis l’accent sur l’enseignement professionnel et, surtout, sur l’école primaire et l’illettrisme inacceptable, en proposant de dédoubler les classes du CP. Langage d’avenir et qui demandera un temps pour porter ses fruits, un temps qu’on n’a pas donné à ce philosophe, peu entraîné à faire face à la contestation récurrente.

L’université, l’enseignement secondaire méritent d’être réformés. Mais comment les réformera-t-on si on n’y voit arriver que des enfants qui ont eu la chance d’une éducation au sein d’un foyer solide et suffisamment aisé, si on y voit arriver des élèves qui n’ont pas acquis les bases nécessaires, dès le primaire.

Pour conclure, j’aime bien Laurent Delahousse, son ton apaisé, sa gentillesse, ses émissions du week-end après le 13 heures, poétiques, à la fois légères et profondes pour aborder autre chose que les crimes, les catastrophes, les guerres.







L'autre monde | Thème liquide par Olivier