13
Août
10

Propositions progressistes en comparant la France et l’Allemagne





C’est le mois d’Août, je passe donc une nouvelle fois la parole à Maurice le siffleur pour une note sur la France et l’Allemagne.

Au fur et à mesure que se détériore, dans les sondages, la popularité du président de la République, que s’approche l’échéance des élections présidentielles, le peuple français est de plus en plus impatient de connaître celui qui affrontera Nicolas Sarkozy, mais aussi de connaître un programme alternatif aux réformes en cours. Il attend donc de l’opposition et, singulièrement, du parti socialiste, des propositions.

Les partis de gauche ont une tendance constante à s’intituler progressistes ou encore force de progrès, ce qui sous-entend – ou s’exprime fortement – que la droite au pouvoir représente une force de régression.

Voici donc quelques propositions destinées à améliorer, pas tout de suite mais à moyen et long terme, le niveau de vie des Français. Pas tout de suite, non seulement à cause de la crise, mais aussi de la dette qui impose, si on ne veut pas pratiquer la fuite en avant, source de désillusion amère, de remettre d’abord les pendules à l’heure, en améliorant la situation économique du pays.

De retour d’Allemagne, l’observation du comportement et des pratiques de nos proches voisins m’a permis de comprendre pourquoi leur situation et leur niveau de vie s’amélioraient, tandis que les nôtres stagnaient ou s’aggravaient.

1) Le tourisme est notre industrie du présent et, peut-être plus encore, si nous y veillons, de l’avenir.

Dans ce secteur, les Allemands sont accueillants, se mettent volontiers en quatre pour faciliter la vie chez eux, ils sont ponctuels, fiables et ils parlent correctement l’anglais. Enfin, les prix sont globalement inférieurs de 25% dans ce secteur.

C’est peu de dire que nous ne sommes pas à ce niveau, alors même que nous avons des richesses touristiques nettement plus importantes.

Propositions conséquentes :

  • Un label qualité ne pourrait-il être attribué par nos si nombreux services officiels, en fonction de visites inopinées pour vérifier les critères de ce label qualités
  • L’enseignement de l’anglais (comme, hélas, celui du français) reste un échec retentissant de notre enseignement. Pourquoi nos enseignants ne font-ils pas comme dans les autres pays d’Europe : en classe d’anglais, on parle anglais et, surtout, on parle, car le premier objectif n’est pas de faire une dissertation sur Shakespeare, mais d’être prêt le plus tôt possible à échanger en anglais, dans l’exercice de sa profession, quelle qu’elle soit. Le contraire est un handicap majeur – et qui ira grandissant – en particulier pour nos exportations et notre tourisme.
  • La restauration a bénéficié d’un abaissement majeur de la TVA. Difficile de revenir en arrière, face aux réductions et aux embauches plus que timides qu’a effectuées la profession! Alors allons de l’avant! Tout droit nouveau implique des devoirs. Puisque la profession ne manifeste pas la volonté de faire bénéficier la clientèle de bénéfices qui ont été accordés à cette profession, reste hélas la voie des sanctions, qui peuvent encore enclencher un cercle vertueux par la dissuasion qu’elles exercent. Encore faut-il qu’un restaurateur, qui n’aura pas, au bout d’un an, embauché, augmenté ses employés et/ou réduit significativement ses prix, se voie sévèrement sanctionné, ce qui peut être un exemple pour les autres. C’est pitié que de devoir en arriver là, mais l’on n’est malheureusement plus à l’époque du comportement civique. N’oublions pas que les prix de la restauration sont au moins de 25% inférieurs en Allemagne!
  • Une autre plaie, de plus en plus dissuasive, est la fréquence des grèves, particulièrement des transports, en France. En Allemagne, des négociations sérieuses s’engagent avant le recours à la grève. En France, c’est l’inverse! Quand on voit des conducteurs de RER faire grève pour obtenir des primes supplémentaires, en pleine crise, alors qu’ils conduisent 2 heures ½ par jour et gagnent ce que gagne un professeur de l’enseignement supérieur, quand on voit des agents de la SNCF prolonger leurs grèves, en pleine période de vacances, pour améliorer leurs salaires et leurs conditions de travail, qui sont déjà parmi les plus privilégiés, où est le civisme? Quand Bernard Thibault dit, au commencement même des négociations sur les retraites, qu’il est hors de question de modifier la retraite à 60 ans, alors que nos voisins européens sont à 65 ou 67, où est le civisme?

Hélas, encore une fois, il n’y a plus que le langage du rapport de force ! Je comprends bien que  procéder à de telles réformes, c’est risquer la prise d’otages qu’exercent les syndicats sur des millions de voyageurs. Mais céder, c’est encourager aussi ces privilégiés à recommencer, à accroître leurs privilèges, au détriment d’une économie déjà sinistrée, donc des chômeurs.

2) Pour rester sur l’équilibre souhaitable des droits et des devoirs, notons 2 initiatives prises par l’Allemagne :

  • Un chômeur qui n’accepte pas un travail qu’on lui propose, même en-dehors de son champ professionnel, se voit retirer, au bout de 6 semaines, les allocations de chômage.
  • Dans de nombreuses entreprises, les employés ont accepté de travailler plusieurs heures supplémentaires, à salaire constant, pour éviter le dépôt de bilan de leur entreprise, donc leur licenciement.
  • Je sais bien que quelques expériences de ce 2ème type ont été mises en œuvre en France. Certaines ont échoué et ont immédiatement été montées en épingle par les média. Qu’est-ce que travailler 39 heures au lieu de 35 heures, pour un jeune de 25 ans, si cela contribue à sauver son emploi ?
  • Pour la 1ère des constatations, est-il normal – et surtout économiquement raisonnable – de fournir des allocations – RMI – RSA – allocations logement… – sans que le bénéficiaire apporte son concours à l’économie, en participant à des travaux d’intérêt général? En outre, comme le soulignait à juste titre Martin Hirsch, c’est respecter la dignité du chômeur et lui redonner ce rythme de vie, ces relations sociales, ce sentiment de service qu’apporte le travail.

3) Les Allemands ont des « länder », équivalents de nos régions. Qu’attendons-nous pour faire disparaître cet échelon intermédiaire que représente le département? Ce dimanche après-midi, à 17 heures, à Münich, un bureau de poste fonctionne, rattaché à un commerce de tabac et de journaux. La postière, 65 ans, parle l’anglais. La file s’écoule rapidement, les clients, comme la postière, évitant d’entrer dans des conversations à n’en plus finir, pour respecter les autres.
Qu’attend-on, en France, pour faire de même, et non pour maintenir les bureaux de poste isolés dans de petites communes, dont l’activité va en se réduisant?

Les Allemands enregistrent de plus en plus les informations concernant le courrier sur électronique. Qu’observe-t-on aujourd’hui, dans les bureaux de poste français? Malgré des investissements à hauteur de près de 2 milliards d’euro, le service se détériore à grande vitesse. Les lettres, à Paris, arrivent souvent 4 jours après leur envoi. Les lettres et colis, même de petit volume, ne sont plus livrés. Un simple avis, gribouillé de façon illisible, est déposé dans la boîte. Et il m’a fallu, pour un seul objet urgent, me déplacer à 3 reprises au bureau de poste, qui se trouve à près d’1km et y faire la queue, car la date de disponibilité n’était pas respectée, car on ne retrouvait pas le courrier, du fait de l’écriture illisible du facteur. Souhaitant résoudre le problème de façon amiable et directe, je n’ai malheureusement jamais pu rencontrer le facteur ni le chef de bureau. La réponse était toujours la même : remplissez ce formulaire de réclamation et envoyez-le à l’adresse suivante.

5 mois après un vol, je n’ai toujours pas pu récupérer ni mon permis de conduire, ni ma carte d’identité, après des heures de démarche et de réceptions peu courtoises dans les administrations concernées.

4) J’entends déjà la riposte : faisons payer le grand capital! Eh oui, le monde vit, même dans les pays qui se disent communistes, sous le régime du capitalisme et de la mondialisation. Oui, le capitalisme a des défauts majeurs. Mais observons que les pays et les peuples qui s’en sortent le mieux sont les pays où ce régime s’exprime avec moins de contraintes : les Etats-Unis, le Japon, la Chine, les 3 premières puissances économiques mondiales.

Observons aussi que l’interdépendance des économies rend extrêmement dangereux le protectionnisme et illusoire une taxation majeure du grand capital, qui serait unilatéral. On verrait aussitôt las actionnaires se détourner, les grandes entreprises françaises développer la délocalisation, voire être réabsorbées par des groupes plus puissants encore, venant de pays où le travail coûte moins cher. N’est-il pas aussi remarquable qu’on n’ait pas développé la participation des employés à l’actionnariat de leur entreprise, comme l’envisageait le général de Gaulle il y a plus de 40 ans?

L’Allemagne a été, il y a 2 ans, le 1er exportateur mondial, pour un pays de 80 millions d’habitants! Le pourcentage de son industrie – particulièrement exportatrice – s’est accru, aux alentours de 25%, tandis que le nôtre tombait de 17 à 14%.

Quel est donc le secret des Allemands?

  • N’entre pas à l’université qui veut.
  • La formation professionnelle, dans les travaux manuels et techniques, est beaucoup plus développée et encouragée.
  • Chaque semaine, les Allemands travaillent plus.
  • Ils travaillent plus longtemps.
  • Ils ont moins de congés et moins de grèves.
  • Le travail est moins taxé.
  • Les salaires sont plus bas mais, il est vrai, la vie est aussi moins chère.

En conclusion, comme il est juste et indispensable, surtout en période de crise, de pratiquer la justice sociale, c’est non seulement les ménages riches qui doivent contribuer plus, par leur travail et leurs impôts, mais aussi, car on n’arrivera pas à effacer la dette sans cela, les classes moyennes.

Les Allemands ont des raisons d’afficher un bon moral, résultat des sacrifices qu’ils ont consentis. Arrêtons, surtout ceux qui ont un travail, de nous lamenter sur notre sort et de réclamer toujours plus. Dans une situation pareille, c’est suicidaire! L’heure est plus que jamais à l’engagement individuel, le sens du service, le civisme. C’est à ces conditions que nous reprendrons « la France qu’on aime »!







L'autre monde | Thème liquide par Olivier