29
Sep
09

Rien ne va plus chez FT





24 suicides en un an et demi, c’est le triste bilan social de France Telecom. On pourrait presque le comparer à celui des prisons françaises. Pourtant, France Telecom n’est pas une prison. Qu’est ce qui se passe donc chez France Telecom?

Je crois que la population de France Telecom subit de plein fouet le choc de la modernisation. On demande aux employés de changer de job, parfois de lieu de travail, de s’adapter à un contexte nouveau. Rien de bien original, cela se fait régulièrement dans un grand nombre d’entreprises du secteur privé. Ici, le problème est que le changement touche des populations qui n’y ont pas été habituées. Aussi, il constitue un profond traumatisme, d’autant plus violent que le changement est brutal.

Lorsque l’on a fait toute sa carrière dans un poste avec les mêmes collègues au même endroit, c’est bien difficile de changer de métier. Il est clair que depuis une dizaine d’années, les changements ont été très importants chez France Telecom. Cette entreprise ne ressemble plus à ce qu’elle était à l’époque. La mutation était inéluctable pour s’adapter à la concurrence et aux challenges technologiques mais aussi pour réduire le gouffre de la dette.

Alors que le terme pression et cadence n’existaient pas il y a dix ans, aujourd’hui, chaque employé est soumis à des objectifs ambitieux, une pression des coûts et une grosse charge de travail. Ce n’est pas tellement le rythme actuel qui est en cause, il me semble conforme à ce qui se fait dans la plupart des entreprises privées du secteur, c’est plutôt le rythme du changement.

Il y a bien pire que France Telecom en termes de conditions de travail. Simplement, on n’en parle jamais car cela touche des entreprises de taille moins importante et donc l’impact social et médiatique est moindre.

Quoiqu’il en soit, ce triste bilan doit faire émerger un certain nombre de règles. Il ne faut plus laisser certaines entreprises publiques françaises perdurer dans leur mode de fonctionnement où elles ne tiennent que grâce aux perfusions régulières de l’Etat. Il faut adapter doucement mais sûrement chaque entreprise à ce qui se fait dans le secteur privé. Ainsi, le jour où la privatisation devient inéluctable pour des raisons réglementaires, le choc est moins brutal car l’entreprise a pris les devants et ses hommes sont prêts à faire face à la concurrence nouvelle.

On ne peut pas vivre dans un monde sans concurrence. La concurrence est saine. Elle permet de réguler les prix et d’améliorer la qualité. De plus, il est profondément injuste que quelques centaines de milliers de salariés du secteur public continuent à bénéficier d’avantages et de conditions de travail complètement différents de ce qui se fait dans le secteur privé. Le gouffre est trop important et lorsque l’on passe du public au privé, le choc est trop rude. Il faut donc réduire cet écart pour améliorer l’égalité entre salariés.





11 commentaires pour “Rien ne va plus chez FT”
  1. pascal dit :

    Quand tu seras marié avec des enfants scolarisés et que l’on te demandera de partir à l’autre bout de la france du jour au lendemain on en reparlera.
    Nous allons dans une société de plus en plus déshumanisée et ce n’est pas parceque cela se fait ailleurs que c’est bien.
    Dans les boites privées,les gens souffrent aussi.Même si on ne parle pas de suicide les arrêts pour dépression sont courants.
    Il fut un temps ou le travail était source d’épanouissement.Maintenant les gens vont bosser pour gagner leur vie point final.
    Toi tu vis pour ton boulot ça te regarde. Mais nombreux sont les gens qui ont une autre conception de leur passage sur terre.

  2. Olivier dit :

    Tu fais un procès d’intention là. Où ai je dis que je vivais pour mon boulot? Nulle part je crois…

    En ce qui concerne les changements de lieu de travail, je connais et cela ne m’a jamais fait marrer. J’ai changé 3 fois de lieu de travail en quelques années dans ma boîte. C’était cela ou la porte à chaque fois. Je ne crois pas que cela soit comparable avec la situation chez FT où c’était le status quo depuis des décennies et brusquement, ils ont commencé un peu à vouloir faire bouger les gens.

    Je pense qu’il existe un juste milieu entre ces deux situations. C’est vraiment une question de culture et d’habitude. Le premier changement est toujours difficile et pénible. Le deuxième l’est déjà moins.

    Ce que je veux te dire, c’est qu’il n’y a pas de solution idéale. Le status quo n’est pas idéal car lorsqu’il faut impérativement changer parce que la société évolue, c’est dur. D’un autre côté, les changements permanents parce que la boîte manque d’une stratégie cohérente sont dévastateurs pour les employés.

    Bien sûr que le travail doit être une source d’épanouissement. Le changement peut tout à fait être source d’épanouissement pour peu qu’il soit concerté. Chez FT, le problème, c’est qu’il y avait un tel saut à faire pour adapter la structure qu’il y a eu pas mal de frustrations au passage. C’est triste mais était ce évitable? Je ne crois pas… Si FT n’avait pas évolué, FT n’existerait peut être plus aujourd’hui, ou alors il aurait été avalé par un opérateur étranger.

  3. pascal dit :

    Le juste milieu il va falloir se dépêcher de le trouver.
    Et pas seulement chez France-telecom….

  4. Olivier dit :

    Le changement a été peut être trop brutal chez FT pour des personnes qui n’y étaient pas préparées. Il aurait fallu plus d’accompagnement. Après, on peut toujours commenter une fois que le mal est fait, c’est facile… Je pense surtout à ces familles brisées par ces drames.

    Il faut impérativement modifier la culture d’entreprise en France, qu’elle soit plus juste et équitable, qu’elle permette à chacun de se développer, qu’elle brise les carcans dans lesquels nos formations nous placent, etc… En Amérique du Nord, les gens changent très souvent de boulot et cela ne constitue pas un drame pour eux mais une opportunité car d’une part, c’est beaucoup plus facile que chez nous de trouver du boulot (et aussi plus facile de se faire virer, je le concède) et d’autre part, ils ne sont pas coincés dans des carcans et chacun a la possibilité de faire le job qui lui plaît même s’il n’est pas formé pour au départ.

  5. pascal dit :

    Pas trop de compassion pour les familles Olivier !!
    Je suis sûr que si ces agents de FT avaient été mieux soutenus par leurs proches ils n’en seraient pas arrivés là !
    Nous avons tant à apprendre de l’Amérique du nord.Leur culture de l’entreprise est effectivement plus avancée que la notre.les gens ont compris là-bas ou est leur interêt.
    égoïsme et individualisme étants les maitres mots de leur société cela permrt d’avancer.Tampis pour ceux qui ne peuvent pas suivre,ils ralentissent le progrès.

    Pour nous pauvres europeens tous plus communistes et nazis les uns que les autres c’est bien difficile à comprendre.
    Heureusement que tu es là pour nous expliquer.

  6. Olivier dit :

    Tu plaisantes j’espère?
    Relis mes commentaires!
    « Je pense surtout à ces familles brisées par ces drames. » etc…

    Ce n’est pas le rôle de la famille que de supporter la pression générée par les changements brutaux dans l’entreprise.

    Tu as une image de l’Amérique du Nord qui correspond à celle que l’on nous sert dans les médias français. La réalité est bien différente. Il y a moins de discrimination là bas qu’en France au niveau des jobs, que cela soit sur le diplôme, la couleur de peau ou juste le nom de famille…

    Tu parles de l’égoïsme et de l’individualisme? Que dire de ces salariés du public qui font la grève pour un oui ou pour un non et mettent tout le monde dans la merde? Que dire encore de ces mêmes salariés qui refusent de travailler quelques années de plus, juste pour aligner leur régime de retraite sur celui du privé? Bel exemple de justice et de solidarité, n’est ce pas?

  7. pascal dit :

    Evidemment que mes propos étaient à prendre au 2emme degré !!
    Mais tu n’imagines pas à quel point le soutien d’une famille est nécéssaire quand on souffre dans son métier.
    Pour moi la solidarité ne passe pas par :
    « Tous dans la merde pour être équitables »
    C’est simpliste et nivèle par le bas.
    les grêves t’on permis d’avoir une sécu enviée par tous ouvriers un peu éclairés du monde entier.
    Et des congés payés etc…….
    Sans syndicats ni grêve nous serions encore en train de pousser des wagonnets dans la mine dès 10 ans pour un bol de soupe.
    c’est évidemment une image ( je me sens obligé de préciser maintenant)mais pourtant la vérité.
    Des gens ont donné leur vie pour changer cela.
    Alors la solidarité tu vois…. C’est toi qui devrais avoir des étâts d’âmes.

  8. Olivier dit :

    Tu fais l’amalgamme entre le combat de nos grands parents et les grèves actuelles. Pour moi, cela n’a absolument rien à voir et rien de commun…

    Comment comparer la situation d’un gosse de 10 ans qui allait à la mine à l’époque avec celle d’un postier d’aujourd’hui? Le boulot n’a rien à voir au niveau de la pénibilité et les avantages liés non plus! Le gosse qui allait à 10 ans à la mine, c’était à la limite de l’esclavage. Est ce que les postiers sont traités comme des esclaves? Je crois pas…

    Il faut faire la part des choses. L’amalgamme est très facile et permet de tenter de justifier l’injustifiable.

    Bien sûr que tout le monde rêve d’un monde où l’on bosse 25 heures/semaine avec 10 semaines de congés par an et la retraite à 50 ans. Malheureusement, la société ne peut aujourd’hui offrir cela qu’à une toute petite minorité de privilégiés. Si parfois, ceci est justifié de par la pénibilité du job, ce n’est bien souvent pas le cas. Il faut bien voir que l’on vit dans un monde où on doit faire avec les autres. La France ne peut pas imposer à toute l’humanité son modèle social. Aujourd’hui, avec un chômage qui flambe et des comptes publics dans le rouge, je crois qu’il est plus que temps d’aligner nos politiques sur ce qui fonctionne à l’étranger, ne serait ce que pour redresser la barre…

    Si tu ne le fais pas pour toi, pense aux générations futures qui vont devoir payer l’addition de trois décennies de décisions politiques sociales foireuses, la plus belle étant celle des 35h!

  9. pascal dit :

    je voulais simplement t’expliquer qu’au nom de la rentabilité on pouvait aller très loin.
    Et que sans contre pouvoir on pouvait très vite revenir en arrière.
    Qu’il y aura toujours des Sarkosistes en herbe pour venir nous expliquer qu’au nom de la compétitivité il faudra bosser 70 heures par semaine pour un bol de riz.
    c’est une conception de la vie.pas la mienne.
    Point final.

  10. Olivier dit :

    Qui te parle de bosser 70 heures par semaine pour un bol de riz?
    Si on revenait déjà aux 40 heures, cela serait pas un mal pour l’économie française et pas une régression sociale par rapport à ce qui se fait dans la totalité des pays développés!

  11. Barbosa dit :

    Interessant cet échange!
    J’observe cependant, ici comme dans la presse, que nombreuses sont les critiques et les lamentations,beaucoup plus rares les propositions constructives.
    Il va bien falloir réformer notre modèle, quant on voit la France décrocher par rapport à d’autres pays, dans la dette, la croissance,le niveau et la qualité de vie. Malheureusement, ce n’est pas l’avis des syndicats – certes minoritaires – ni de l’essentiel de la gauche et d’une bonne partie du peuple français, peut-être même majoritaire, qui s’arqueboute sur des privilèges assez souvent injustes et se prépare à des lendemains qui déchantent.
    Au risque de passer pour politiquement incorrect, est-ce que travailler 40 heures, partir à la retraite à 65 ans est vraiment insupportable, en dehors des travaux les plus pénibles?
    Ce serait pourtant une solution, comme le suggère Olivier.
    Celà dit, je suis d’accord avec Pascal sur l’importance de la famille dans la qualité de vie et l’équilibre social. Leur dislocation, la faillite de l’éducation parentale (il suffit de voir les mères céder devant les caprices de leurs enfants et la trop fréquente absence des pères) sont un malheur de notre société moderne.



L'autre monde | Thème liquide par Olivier