28
Sep
05

SNCM/Détournement de navire : L’attaque des pirates





Un navire de la SNCM avait été détourné depuis hier par une poignée de syndicalistes souhaitant par cette action protester contre la privatisation probable de leur société. Il faut savoir qu’en droit français, le détournement de navire est un acte grave puisqu’il est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 20 années de prison. Cela fait bien cher pour revendiquer.

Le détournement a connu un terme aujourd’hui suite à l’assaut du GIGN (Groupement d’Intervention de la Gendarmerie Nationale). En effet, depuis des hélicopters de l’armée, les commandos sont intervenus pour reprendre le contrôle du bâteau.

Quand on voit cette situation, on se demande si on vit bien en France en 2005. Comment est ce que l’on peut tomber dans de telles extrémités? Comment est ce qu’un tel coup de force a pu être possible? Je suis vraiment étonné d’une part par la détermination des syndicalistes auteurs de cette action extrême et d’autre part par le manque apparent de communication et de solution acceptable pour tous à la SNCM.

La SNCM est une société de transports maritimes qui accumule les pertes. L’Etat venait depuis des années combler ces dettes mais cela n’est plus possible à cause d’une directive européenne interdisant aux Etats de perfuser les sociétés en difficulté financière. Donc il n’y a plus beaucoup de solutions puisque visiblement les différents plans mis en place par l’Etat depuis des années ont été un échec sur le plan financier, il faut privatiser la SNCM afin de lui permettre de recourir à des fonds privés pour se renflouer. Les syndicalistes craignent que la privatisation de leur entreprise débouche sur un plan drastique d’économies avec notamment des licenciements.

Le problème est qu’une société qui ne va pas bien financièrement doit trouver une solution pour aller mieux. Et pour aller mieux, il y a deux moyens, soit faire des économies, soit augmenter les recettes.  Comme il est peu probable que les recettes augmentent, le traffic étant relativement stable et la concurrence acharnée sur le créneau, il faut faire des économies et améliorer la compétitivité. Et les économies, cela passe souvent par des licenciements, mais aussi par moins de jours de grève, c’est un fait…

Quoiqu’il en soit, le respect de la loi est un pilier de notre démocratie donc elle s’applique à tous en toutes circonstances.





3 commentaires pour “SNCM/Détournement de navire : L’attaque des pirates”
  1. koz dit :

    Si je peux me permettre, je crois aussi que la SNCM et en général les docks, sont devenus pour un certain nombre une aimable vache à lait clientéliste (et notamment pour les nationalistes corses : il n’y a qu’à voir la réaction d’un Talamoni). Ceci explique en bonne partie la détermination de certains.

    Au passage, vous noterez que ceux qui ont détourné le bateau ne sont pas non plus extrèmement nombreux, mais ce sont les plus velléitaires.

    Je bosse avec une Corse qui m’expliquait un certain nombre de dessous pas clairs du tout chez les dockers de la SNCM. Et ca explique assez bien leur détermination.

  2. L'armée et le gouvernement, deux pirates très dangereux dit :

    Jusqu’au 3ème paragraphe te ton texte, je me disais que j’étais tombé sur un site sympathique. Je me permet toutefois de rectifier : le navire a été la victime de DEUX actes de piraterie : le premier, c’est quand nos chers dirigeants ont décidé d’offrir l’entreprise publique SNCM à leurs potes, pour une poignée d’euros ; le second, c’est quand l’armée a braqué ses fusils mitrailleurs sur des travailleurs qui défendaient leur outil de travail.

    Mais j’ai l’impression que tu devais être très fatigué quand tu as rédigé la suite de ton article. Je me permet de corriger les coquilles qui se sont glissées dans ton texte :

    L’Etat n’a pas seulement « comblé les dettes » de la SNCM, il a aussi tenté de gérer cette compagnie selon les règles qui prévalent dans une entreprise privée : réduction des coûts au détriment du service rendu, augmentation des rythmes de travail, volonté de s’approprier des « marchés » contre les concurents… bref, le même scénario que celui qui a conduit France Télécom à la faillite. Par ailleurs, l’alibi de l’Europe est tellement grossier que j’ose à peine le commenter : un jour on nous dit que l’UE permet de sauvegarder les services publics, et un autre jour les mêmes nous expliquent que l’Europe impose aux Etats de privatiser ! C’est à n’y rien comprendre. N’y aurait-il pas tromperie quelque part ?

    Enfin, tu touches au noeud du problème : les lois du marché poussent les patrons à faire des économies, non sur leurs profits collossaux et sur leurs dividendes, mais sur nos salaires et nos emplois. Tu montres bien, ici, que les lois du marché sont contradictoires avec nos intérêts (en tout cas avec ceux des travailleurs). D’où : créons les conditions pour qu’un nouveau système économique voit le jour. Un système fondé sur l’intérêt collectif, et non sur le profit d’une toute petite minorité.

    Ca commence aujourd’hui à Marseille, ça continue le 4 octobre dans la rue. Le capitalisme a fait son temps !

  3. Olivier dit :

    Je trouve que tu prends quelques raccourcis. France Telecom a certes connu une dette abyssale mais elle a depuis quelques années été bien comblée, et ce, grâce à un plan d’économies très dur. Au passage, ce plan n’a pas inclu de licenciements secs. Comme quoi on peut faire des économies sans licencier. De plus, tu reconnaîtras que la situation actuelle de France Telecom est excellente. Ils ont une place très forte en Europe grâce à leurs nombreuses filiales dans d’autres pays.

    Revenons en à la SNCM. Je ne crois hélas pas que la vocation de l’UE soit de sauvegarder l’emploi public. L’UE, c’est le marché commun, ne l’oublie pas, c’est la mise en commun d’intérêts particuliers pour rendre le marché plus attractif, plus compétitif pour les pays européens aussi bien à l’intérieur de l’Europe que dans le reste du monde. L’Europe n’impose pas aux Etats de privatiser, elle impose aux Etats des règles de fonctionnement qui empêchent la perfusion systématique et régulière d’entreprises à la dérive, c’est autre chose.

    En outre, elle impose aussi une limitation des déficits publics ce qui peut conduire parfois à privatiser pour faire rentrer un peu d’argent frais mais cela ne s’applique pas à la SNCM puisqu’elle ne vaut pas très très cher. L’Etat veut privatiser la SNCM pour lui permettre de repartir avec des capitaux privés puisqu’il ne peut plus continuer dans le mode actuel. Maintenant, peut être que certains préfèreraient un durcissement de la situation, voire un pourissement qui conduirait à la faillite ce qui permettrait ensuite de pointer du doigt la mauvaise gestion de l’Etat?

    On ne referra pas le monde, ni les lois du marché, malheureusement… Il faut essayer de vivre avec. Il peut y avoir des compromis, ce n’est pas toujours tout dans un sens ou tout dans l’autre sens. Le système français est largement fondé sur l’intérêt collectif, va vivre aux Etats Unis et tu verras l’intérêt collectif, tu reviendras vite en France… Maintenant, on vit dans un système mondial et on ne peut pas faire juste ce que l’on veut.



L'autre monde | Thème liquide par Olivier