15
Août
10

Un très grand amour





Maurice le siffleur nous gratifie d’une critique littéraire au vitriol.

Comme moi, vous serez peut-être attiré, capté par un si beau titre, pourtant si banal. Eh oui, j’ai le sentiment de m’être fait avoir, comme un gogo, par le livre de Franz-Olivier Giesbert. J’avais bien eu quelques réserves instinctives devant une telle accroche publicitaire. Mais une critique du journal « Le Monde » m’avait tenté, en citant cette phrase : « L’amour fait souffrir, mais la souffrance fait aimer ». Cela faisait sens pour moi, peut-être aussi l’édition par Gallimard.

C’est vrai, ça démarrait bien. Le journaliste Giesbert a une écriture fluide. Il pratique avec aisance l’autodérision. Bref, j’étais accroché. Et puis, quelques descriptions lumineuses de la Provence, la magie des rencontres, l’évocation opportuniste d’Albert Camus et de sa maison de Lourmarin m’entraînaient à poursuivre d’une traite.

Hélas, je ne tardai pas à déchanter. Derrière le roman, surgissait, de façon de plus en plus obsédante, la personnalité et la biographie de l’auteur. L’écrivain sud-américain Carlos Liscano recommandait fort à propos : «  Faire en sorte que l’histoire fonctionne et que le murmure de l’écrivain mêlé à l’œuvre ne gêne pas, ne soit pas pédant, ne soit pas simple digression pour remplir les pages n’est l’œuvre que des grands. » En cela, Giesbert n’est pas grand.

Au fil des pages, qui se succèdent dans un « stacatto » de plus en plus énervant, il épingle et collectionne les conquêtes, souvent plusieurs conquêtes en parallèle. Son « très grand amour » perd de sa splendeur et de sa sincérité, lorsqu’on le voit précédé, accompagné et suivi par d’autres vaticinantes conquêtes ou reconquêtes.

Mais le pire était à venir. Il mêle à cette histoire son cancer de la prostate, dont il joue pour faire pitié, jusqu’au récit de ses copulations agrémentées d’éjaculations saignantes et purulentes. L’atroce dans le merveilleux ? Non, l’obsession sexuelle et la dégoûtation. J’étais dégoûté. Et j’ai été commenter mon écoeurement auprès du libraire à qui j’avais acheté le livre. « Un vilain monsieur », m’a-t-il répondu, dans un élan de sincérité peu commerciale.

Quelle mouche avait donc piqué Gallimard, sinon celle que la renommée du journaliste et, plus tristement, de la simple cupidité?

Si vous voulez vraiment grimper sur les sommets de l’exemple d’un très grand amour, lisez Roméo et Juliette et, plus près de nous, les 124 pages de « La Lettre à Laurence » de Jacques de Bourbon-Busset.

Et, une simple suggestion en passant, si un auteur vous a enchanté, restez-lui fidèle. Il est rare qu’un chef d’œuvre reste unique. « Toute œuvre d’art est d’une infinie solitude » disait Rilke, mais elle est créée par un auteur qui en créera d’autres.







L'autre monde | Thème liquide par Olivier