21
Fév
07

Airbus aux limites de l’Europe





Airbus

Airbus, l’avionneur européen, traverse actuellement une crise majeuré liée aux retards du programme A380. Ceci l’oblige à envisager un plan de restructuration qui pourrait aboutir à la suppression de 10.000 emplois soit près de 20% des effectifs de la firme européenne. L’adoption du plan se heurte à la répartition de son impact entre les différents pays et notamment l’Allemagne et la France, chacun essayant de défendre ses intérêts. Les enjeux sont énormes en terme d’emplois mais encore plus en terme d’image. Il est certain que si l’une ou l’autre de l’Allemagne ou de la France venait à être favorisée par rapport à l’autre dans cette passe difficile, cela serait certainement très mal vécu par l’autre. On voit bien qu’on se heurte là aux limites de l’Europe. En cas de difficultés, les intérêts premiers prennent le pas sur l’intérêt général et c’est bien humain.

Mais alors comment régler ce problème majeur? La meilleure solution aurait encore été de ne pas en arriver là. Il faut bien voir que l’organisation mise en place au départ pour contenter tout le monde était très complexe à tenir industriellement parlant. Politiquement, c’était sympa de se dire qu’on faisait un avion à plusieurs mais industriellement, c’était complexe. Pourquoi? Parce que faire travailler un allemand avec un français, un anglais et un espagnol, cela fonctionne à peu près lorsque tout va bien mais dès que la crise pointe son nez, c’est le bordel et chacun tire la couverture à soi. Et puis, il est sûr que déplacer l’A380 aux différentes phases de l’assemblage pose des problèmes d’organisation très complexes à résoudre.

Pour autant, toute entreprise européenne n’est pas impossible. Mais il faut savoir anticiper les problèmes pour éviter les crises. On voit bien là qu’on a laissé pourrir une situation mal engagée et qu’on arrive aujourd’hui dans une impasse. Il était possible de répartir les tâches mais certainement pas de la manière dont cela s’est fait. Airbus construit suffisamment d’avions différents pour que tous les pays aient leur part du gâteau. Mais construire en plusieurs phases le même modèle à X endroits, c’était une connerie industriellement parlant. Il faut qu’un pays gère l’A380 du début à la fin et qu’un autre gère l’A350 de la même manière mais il ne faut plus de découpages, cela ne peut pas fonctionner, on le voit bien.

Au delà de ça, je crois que la crise que traverse Airbus laissera des traces. Une entreprise ne se remet jamais complètement d’une telle coupe dans les effectifs. La réduction de personnel, c’est comme une maladie. On prend des décisions dures et on croit guérir mais on n’est jamais pareil ensuite. Il reste toujours la cicatrice. Une entreprise qui traverse cela a toujours du mal à s’en remettre. Les risques de rechute sont énormes. Pourquoi? Parce qu’on ne fera jamais à 40.000 le travail de 50.000 personnes. On pourra optimiser l’organisation, c’est certain, on gagnera en productivité. Mais ce que l’on gagne en productivité, on vient de le perdre en motivation car un employé menacé est un employé perturbé qui travaillera moins donc globalement, on réduira les coûts mais c’est un leurre que de croire que les gens travailleront plus individuellement. Ils travailleront peut être un peu mieux entre eux à l’échelle de l’entreprise mais il y a une inertie telle dans un groupe de 40.000 personnes que je doute qu’une coupe dans les effectifs soit la seule solution. Je pense qu’il faut avant tout revoir toute l’organisation et la répartition des tâches entre les sites et les pays, c’est la seule solution.

Un employé qui voit ses collègues quitter la société gardera toujours en tête l’idée que cela aurait pu être lui. Et donc il aura toujours ce stress lié à l’instabilité de l’emploi qui fait que l’on se donne moins car l’avenir est incertain. Dans l’inconscient personnel et toutes proportions gardées, c’est un peu comme si on avait perdu un être cher dans un attentat. Bien entendu, la personne est toujours vivante mais elle est partie de manière brutale pour des raisons que souvent on ne comprend pas bien et on se dit : « pourquoi elle et pas moi? ». Il peut y avoir une certaine culpabilité à rester.  Bref, tout cela positionne les employés restant dans un état d’esprit précaire qui n’est pas du tout bon pour le futur de l’entreprise.

Je ne suis pas absolument contre les suppressions d’effectifs car on n’a pas toujours le choix mais je pense qu’une meilleure organisation et une meilleure anticipation dans la gestion des entreprises permettrait d’éviter ces drames dont on voit bien qu’ils sont liés dans le cas d’Airbus notamment à une gestion politique d’une entreprise. En effet, Airbus ne manque pas de commandes, Airbus est sur un secteur très porteur mais Airbus n’a pas su s’organiser de manière industrielle. C’est un cas particulier mais pas si isolé que cela dans les grandes entreprises. Souvent une grande entreprise souffre de sa désorganisation. Le problème des PME est souvent bien différent.







L'autre monde | Thème liquide par Olivier