8
Mar
07

L’Europe de Giscard





J’étais hier soir à Paris à une conférence internationale sur l’Europe donnée par l’ancien Président de la République, Valéry Giscard d’Estaing.

Valéry Giscard d’Estaing a commencé par faire un exposé très brillant et convaincant sur les bienfaits de l’Europe. Je pense que les plus gauchistes des participants de l’assemblée ont été convaincus de la nécessité de ratifier au plus vite un traité européen pour que la France revienne sur le devant de la scène européenne.

Il a ainsi énoncé un certain nombre d’arguments très valables pour démontrer que l’on s’était trompé de débat et que les grands enjeux avaient été occultés par les médias.

Je vais reprendre deux arguments majeurs. Le premier est le poids de la France dans l’Europe. Aujourd’hui, le système est tel que la France dispose de 7% des droits de vote. Avec le traité, la France aurait bénéficié d’un peu plus de 12% des droits de vote, la répartition des droits se faisant alors en fonction de la taille de la population d’un pays par rapport à la population européenne totale. On voit donc bien, de manière purement logique et mathématique, que le poids de la France n’aurait pas baissé avec ce traité, bien au contraire.

Deuxième argument sur les délocalisations, nous serions plus vulnérable en faisant partie de l’Europe. Là encore, c’est faux. Il y a eu un exemple récent flagrant. L’Europe est parvenue à imposer à la Chine des quotas sur le textile. La France seule n’y serait jamais parvenue. Autrement dit, face aux enjeux mondiaux, la France est plus forte avec l’Europe que sans. Je pense que c’est là encore une évidence. Et ceux qui craignent l’arrivée de nos voisins de l’est européen doivent bien voir que l’on contrôle mieux la situation en ayant des règles européennes. Et puis, l’Europe, c’est aussi bon pour la France, regardez la PAC (Politique Agricole Commune), elle a quand même bien bénéficié à la France…

Voilà, il y a eu d’autres arguments mais ces deux là me semblent être les plus convaincants.

Ensuite, une session de questions/réponses s’est déroulée. C’était là encore très intéressant.

Valéry Giscard d’Estaing est revenu sur l’élection de 1981 avec sa défaite et le fameux dîner entre Mitterrand et Chirac. Il a ainsi mentionné que Chirac avait toujours nié l’existence de ce dîner jusqu’à finalement le reconnaître assez récemment. Giscard indique que fin 1995, alors qu’il était en fin de vie, Mitterrand l’a reçu et lui a indiqué que le dîner avait bien eu lieu. Giscard raconte également que sur la table de chevet de son lit de mort, Mitterrand avait le testament de Louis XIV, amusant non? Giscard salue enfin la grande dignité de Mitterrand face à la maladie.

Ensuite, répondant à la question d’un éminent dignitaire de l’assemblée, il raconte ce qu’il aurait fait s’il avait été élu en 1981. Raymond Barre aurait été son premier ministre dans un premier temps. Il aurait également pris des ministres de gauche pour des ministères n’étant pas trop marqués par l’influence politique arguant que des compétences particulières pouvaient être intéressantes au delà des clivages politiques (ce à quoi je souscris complètement). Il a également indiqué qu’il aurait réformé l’éducation nationale pour introduire une filière professionnelle de qualité à l’image de ce qui se fait en Allemagne. Il a critiqué notre filière professionnelle où l’on met ceux qui échouent dans la filière générale. Il a fait un vif plaidoyer pour une filière professionnelle de qualité supérieure où l’on forme des techniciens de très haute compétence. Il aurait enfin accéléré la construction monétaire européenne.

Après, il a été interrogé sur l’entrée de la Turquie. Il a indiqué qu’il était contre. Il est d’accord pour un partenariat économique mais pas plus. Il considère que la Turquie est un pays d’Asie. Il considère également que c’est un pays où l’on pratique un islam dur sans pour autant être extrême. Ainsi, il rappelle que le premier ministre turc Erdogan a deux filles qui sont allées étudier à l’université aux Etats Unis, pays où il est possible d’étudier voilé alors que cela n’est pas possible en Europe. Il indique qu’il n’a jamais été promis aux Turcs qu’ils entreraient dans l’Union Européenne contrairement à ce qui est dit.

Il pense finalement qu’il faudrait mieux envisager l’entrée de la Russie. Sans soutenir le régime actuel qu’il considère comme « dur », il pense que la Russie dispose de ressources et d’une puissance qui sont intéressantes pour l’Europe.

Il a déploré que l’Europe soit exclue du débat présidentiel (je le déplore également).

Voilà, je crois que j’ai tout dit, c’était vraiment très bien, c’est un grand orateur, un européen convaincu et convaincant.

Giscard





10 commentaires pour “L’Europe de Giscard”
  1. Gilles dit :

    Je croyais qu’il était mort Giscard 😛

  2. Olivier dit :

    Eh bien non, son discours m’a convaincu du fait qu’il était bien plus actif que beaucoup d’entre nous ce qui n’est pas une mince affaire vu son âge…

  3. FrédéricLN dit :

    joli compte-rendu, merci !

  4. Olivier dit :

    Welcome, qu’en pensez vous sur le fond? C’était très intéressant, on ne parle pas assez de l’Europe durant la campagne présidentielle, pourtant, c’est un enjeu majeur je crois.

  5. Hervé dit :

    Autres thèmes absents de la campagne : la recherche, la culture.

    Peut-on seulement imaginer pouvoir s’en passer ??
    Non, donc c’est à entretenir et à encourager dans l’inovation.

  6. Olivier dit :

    La recherche, on en a un peu parlé mais la culture, zéro pointé, c’est clair…

  7. Gilles dit :

    En fait, ça parle d’immigration, d’agriculture, d’Airbus et voilà.
    Bref…

  8. Olivier dit :

    D’un autre côté, si tu bossais chez Airbus, tu serais content qu’on ne t’oublie pas… 🙂

  9. Gilles dit :

    C’est sûr, faire une campagne sur une seule entreprise… Et pour les autres on va attendre dans 5 ans ? 😀

  10. Olivier dit :

    Exactement! lol 🙂
    Non car il y aura d’autres élections 🙂 mais aussi d’autres PSE 🙁



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